STEVEN COHEN SANS FARDS : RETOUR SUR UNE RENCONTRE

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Steven Cohen : retour sur une rencontre à Pôle Sud / Strasbourg / Le 10 avril 2013.

Steven Cohen artiste plasticien et performeur sud africain était invité à Pôle Sud, scène conventionnée pour la danse et la musique, le 10 avril dernier. Cette rencontre était organisée dans le cadre d’un workshop à la Haute École des Arts du Rhin. L’artiste, ce soir-là, n’a pas performé mais a présenté certains de ses films issus de performances et les a expliqués : retour sur une rencontre.

Il est des rencontres qui surprennent. Et il y a des artistes qui savent parler de leur travail. Steven Cohen est de ceux-là. Au commencement de son intervention, il s’est excusé : il pensait ne rencontrer qu’une quinzaine d’étudiants à qui il allait présenter son travail et pas la cinquantaine de personnes que nous étions. Il n’avait donc ramené ni son maquillage, ni sa robe, ni ses chaussures. Déception de l’assemblée mais elle est de courte durée. Bien qu’il n’ait pas pour habitude de se présenter sans maquillage, il se prête au jeu et, pendant deux heures, cet artiste qui a pour rituel de se travestir (et ne pas l’être l’angoisse), va nous inviter à entrer dans son œuvre et nous donner des clefs pour le comprendre.

Au cours de cette soirée, Steven Cohen a présenté quatre films : Voting (1999), Cleaning Time [Vienna] (2007), Maid in South Africa (2008) et Chandelier (2002). Il en a parlé, nous a fait partager ses différentes expériences ainsi que la symbolique associée aux éléments qu’il utilise pour la réalisation de ses costumes. Il n’était même pas nécessaire de lui poser des questions alors qu’il s’était présenté comme quelqu’un d’anxieux « d’être lui-même » et de se monter sans fards.

Juif, gay, blanc, transsexuel, voici certains des mots qui pourraient le qualifier mais artiste, performeur, inspiré, sont pertinents aussi. Il est un artiste protéiforme qui met en scène son corps et l’utilise de façon extrême dans ses performances. Physiques, elles le font aller au-delà de lui-même. Manquant de confiance en lui comme il le dit, il a besoin d’un masque et de maquillage pour « être », il s’habille ainsi de toute une symbolique afin d’exprimer ses opinions. Politiques, ses performances sont de véritables invitations à la prise de conscience par une confrontation avec lui, son corps, ce qu’il en fait et ce qu’il cherche à représenter.

Artiste sud africain, avec Voting, Steven Cohen a réalisé une performance d’une durée de cinq heures dans laquelle il va, grimé, vêtu d’un corset noir, d’une perruque rousse, portant sur son crâne une étoile de David, se promener en rampant dans les rues de Johannesburg. Alors que son bureau de vote est situé dans un quartier blanc de Johannesburg, le jour de vote, la population est mixée. Surprise, incompréhension, humour, émerveillement des enfants devant cet être que joue Steven Cohen ce jour-là. Il marche à quatre pattes, rampant, entouré des votants. Dans Voting, certains étaient embarrassés par sa présence. Rarement il s’explique lorsqu’il fait ses performances, pour lui il s’agit d’un « art visuel » avant tout mais, il le fait parfois. Les noirs, en Afrique du Sud, n’étaient pas autorisés à aller dans les galeries, par sa performance, il leur permet ainsi d’accéder à une forme d’art. Chaque performance est l’occasion de délivrer un message et d’obtenir une réaction de la part du public, de l’interroger sur son histoire et son identité. Avec Voting, il perturbe tellement l’assistance et les forces de l’ordre qu’il entre dans le bureau de vote en étant accompagné par une caméra alors que ces dernières n’y sont pas autorisées.

Cette rencontre à Pôle Sud a été l’occasion d’entrer dans l’univers protéiforme et incroyable par la richesse et l’engagement de ses propos sans concession de Steven Cohen. Hymne à la liberté d’expression, l’artiste va toujours plus loin dans l’implication de son corps dans ses performances, chacune d’elles (ou quasi) l’engageant et étant une réelle épreuve physique. Ce qui est peut-être le plus étonnant et surtout touchant est la différence qu’il y a entre l’artiste entrain de performer et l’homme qui parle de son travail. Les deux se rejoignent : on y trouve une empathie certaine pour le monde qui l’entoure, une volonté de comprendre et rappeler l’histoire, une envie de faire réagir, de confronter le public à ce qu’il préfère ignorer. Mais, là où l’homme explique pourquoi il a nettoyé les rue de Vienne à l’aide d’une brosse à dents géante Cleaning Time [Vienna] (2007) ou pourquoi, dans Maid in South Africa (2008), il a mis en scène la femme* qui l’a élevé, l’artiste, une fois qu’il a endossé son déguisement, va aller au-delà de lui-même afin de délivrer son message et inviter à la réflexion. Il raconte que, souvent, ses performances se poursuivent au poste de police (mais que hélas, il ne peut pas filmer ces débats), que ses performances déroutent et provoquent des réactions désagréables et humiliantes. Malgré cela, il poursuit son travail et partage ses recherches, son identité, des éléments d’histoire, un discours engagé qui ne peut laisser indifférent et provoque objections, oppositions, incompréhensions, etc. Il se dit « non accepté par la communauté juive et par la communauté gay, beaucoup de gays ne (le) considèrent pas comme normal ».

Steven Cohen observe, constate, critique et va à l’encontre des bons sentiments et de l’acceptation servile de codes communs. Il se met en danger par l’usage de son corps et l’expression de ses idées, il va chercher à montrer ce qui est au-delà des apparences et, quand il revient sur ce qu’il a fait, il pardonne les humiliations et se fait un témoin touchant, partageant sincèrement ce qu’il a vécu.

Cécile R.

* Il s’agit d’une tradition en Afrique du Sud : l’enfant blanc est élevé dans une famille noire qui délaisse son propre enfant.

Pôle Sud, Strasbourg: http://www.pole-sud.fr/
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Photos : Steven Cohen : 1,3 Atelier de Steven Cohen avec les étudiants de la hear, Pôle Sud. Photo: Irène Tchernooutsan / 2 : Photo Marc Domage

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  1. […] sont partout: à l’Artothèque de Strasbourg récemment, à Pôle Sud pour un workshop avec Steven Cohen, etc. Cette fois, ce sont six étudiants en Art et Design de 2è et 3è année, qui ont créé de […]



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