PRINTEMPS DE MONTPELLIER : DU SON ET DES IMAGES… UN PEU D’ENNUI

Théâtre-national-MICHEL-DUPONT[1]

Le printemps des comédiens à Montpellier / Idéaux beurre noir – Le Ring, cie 100 issues / Michel Dupont – Réinventer le contraire du monde, cie Das Fräuein / Bestiaire d’amour par Isabella Rossellini.

Trois spectacles très différents, opposés même, pouvaient s’apprécier Mercredi 19 Juin au Printemps des comédiens. Tous partaient avant tout dans un travail sonore et cherchaient à y ajouter de l’image, avec plus ou moins de succès.

Il suffit de balayer du regard la feuille de salle du spectacle Idéaux beurre noir – Le Ring pour voir à quel point la compagnie 100 issues n’a rien à dire. Quelques lignes écrit gros et une grande photo. Comme souvent dans le cirque, les artistes agissent (pirouettes, équilibres, sauts etc.) mais pensent peu. Nous voilà devant un spectacle qui veut faire uniquement l’étalage de sa performance mais n’y arrive pas : hormis les gros muscles, rien. On n’est qu’ébahis par le vide de cette proposition qui joue sur les poncifs d’un combat de boxe sans jamais aller plus loin. On assiste péniblement pendant cinquante minutes à une parodie de catch (qui est lui-même une parodie de boxe) mais sans aucun atour, kitch ou ringard. Le public rit peu (on le comprend), et le rythme est mou puisqu’il y a un cruel manque de dramaturgie. Heureusement, une bande -on excellente est interprétée et mixée en direct par Cyril Pernot qui nous sauve de la léthargie : il sera le seul à faire rire le public et proposer des jeux sympathiques et intelligents dans une belle tradition du burlesque, tout en la mêlant d’innovations venues du beat-box ou des musiques actuelles. De tout ce que peut proposer le Printemps des comédiens, les petites formes circassiennes et familiales sont vraiment en dessous du reste de la programmation. Ce soir, le son était exaltant, mais le corps n’y était pas.

C’est aussi l’absence de corps qui marque dans le spectacle Michel Dupont – Réinventer le contraire du monde de Anne-Cécile Vandalem par la cie Das Fräuein. Et pour cause ! Le spectacle est un conte sonore partant sur la thématique de l’enfermement. 20h, l’heure de nous raconter une histoire avant de s’endormir. Trois histoires se mêlent de façon plus ou moins heureuse : un conte où la jeune princesse est enfermée par le roi dans son château parce qu’elle lui rappelle trop sa femme morte en couches ; un fait divers dramatique type Natascha Kampusch, et l’enfermement d’Aung San Suu Ky, la femme politique birmane. Les spectateurs sont invités à s’assoir autour d’une colonne. Très vite, se fait le noir complet et le spectateur est plongé dans l’histoire. Chacun, confronté à ses propres peurs du noir ou de l’enfermement, se retrouve dans un état d’oppression très fort. Mais l’histoire piétine, devient de plus en plus explicative, et les quelques effets lumineux tournent en rond. On attendait ici un travail de lumière sensible et puissant, il est à la hauteur du spectacle : bien trouvé mais un peu fainéant.

A la fin, le public n’applaudit pas, fuit l’espace et l’on ressent une gêne palpable qui certes, vient de la brutalité de la proposition artistique, mais aussi du côté bancal du propos. On sort de la plus gêné que sonné : l’image et l’histoire n’étant vraiment pas à la hauteur du son.

On a eu peur pour la hauteur du son sur le dernier spectacle de la soirée. En effet, souffrant d’une laryngite, Isabella Rossellini a dû être sonorisé et nous a chuchoté sa conférence sur le Bestiaire d’amour. Après avoir créé Mamma et Green Porno, mini-séries hilarantes et véridiques sur la maternité et le sexe chez les animaux, elle présente dans le grand amphithéâtre la version scénique, agrémentée de quelques saillies de Jean-Claude Carrière. Cette conférence réussit avec élégance et humour british à allier le son (le texte est drôle et instructif), l’image (araignées, poissons et lions de mers peuplent la scène) et la vidéo. Certes, ce n’est ni spectaculaire ni très savant mais le bagou de l’actrice qui frôle le vulgaire sans jamais y tomber, nous fait passer une très bonne fin de soirée. Évidemment le public est debout, ce qui est un peu excessif pour une proposition très simple et sans ambition, mais c’est l’apanage des grands comédiens : être applaudis quand on commence et ovationné quand on finit, quoi qu’on fasse.

Bruno Paternot 

Sur la maternité chez les hamsters : http://www.youtube.com/watch?v=NHmhawsJobA

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