MOUVEMENT : LA PRESSE VA MAL, ET LA PRESSE CULTURELLE EN PARTICULIER…

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TRIBUNE : La revue Mouvement et la crise de la presse culturelle…

Si nous intitulons en préambule cette chronique « Mouvement », c’est bien parce-que ce titre-là, Mouvement, présent depuis vingt ans dans le paysage culturel, traverse de grosses difficultés, au point d’ailleurs de douter de sa pérennité, à l’heure où nous écrivons.

La revue Mouvement.net, en ligne et sur papier, est un support-phare de la presse culturelle. Les difficultés qu’elle rencontre sont symptomatiques, non pas d’une supposée « crise » économique plus fantasmée et sur-médiatisée que réelle, mais bien d’une indifférence généralisée à l’égard des titres de la presse culturelle, comme d’ailleurs vis-à-vis de toute la presse tout court.

Désaffection des lecteurs, plus enclins à plébisciter l’immédiateté indigeste des réseaux sociaux en guise de « supports d’info », indifférence des politiques -Que fait d’ailleurs madame Filippetti pour la culture en général, et la presse en particulier, depuis qu’elle est aux affaires ?-… désertion caractérisée des « donneurs d’ordre » que sont les structures culturelles, au motif biaisé qu’elles n’ont plus les « moyens » suffisants…

Or, sans presse culturelle, sur qui lesdites structures comptent-elles pour répercuter leurs programmes, et alimenter leurs revues de presse ? Sans presse culturelle, à quoi bon se payer les services d’attachés de presse, en interne ou en externe ? Lorsqu’il n’y aura plus de presse culturelle, ces postes-là disparaîtront aussi, par voie de conséquence…

Certes, nos titres existent parce que nous répercutons le travail des artistes, et donc des structures qui les produisent ou les programment. Certes, sans eux, sans elles, nous n’existerions pas non plus, car nos contenus sont directement dépendants de leur activité. Mais il n’empêche que ces mêmes structures doivent comprendre, aujourd’hui plus que jamais, que la survie de nos titres d’information culturelle sont directement tributaires de leur soutien. Et qu’il y va aussi de leur intérêt. Car sans presse culturelle, et sans presse du tout, sur quel accès au public comptent-elles pour communiquer leurs programmations ? Par quel miracle toucheront-elles leur public, sans l’indispensable médiation de la presse ?

Après tout, il ne viendrait jamais à l’idée de ces acteurs de la diffusion d’imaginer une seule seconde ne pas rémunérer les artistes qu’ils programment ? Pas même leurs techniciens et personnels administratifs ? Pourquoi donc faudrait-il que les critiques, journalistes, chroniqueurs de presse… et les supports qui les publient, s’exemptent de ces considérations économiques, certes très terre-à-terre, mais hélas incontournables ?

D’autre part, nous subissons un personnel politique trop souvent désintéressé par la chose culturelle, quand il n’est pas tout bonnement incompétent… Et pourtant, encore une fois, sans tous les acteurs de la Culture, dont nous faisons partie, leur fonction n’existerait pas : que ferait madame Filippetti sans les artistes, les théâtres et les musées, la presse culturelle ? A quoi servirait-elle ?

Enfin, vous, chers lecteurs, avez peut-être pris trop l’habitude de la gratuité du net, certes agréable (mais c’est un peu notre faute, également). Mais posez-vous la vraie question : les contenus que nous publions, Inferno comme nos confrères, sont-ils gratuits pour tout le monde ? Bien sûr que non : derrière, il y a des journalistes, des rédactions, des structures, du papier imprimé dans certains cas… Bref, une économie réelle qu’il nous faut bien alimenter.

Et c’est pourquoi le simple geste de l’abonnement, par exemple, nous est indispensable de votre part : pour nous signifier votre attachement à notre travail, bien sûr, et en qualité de soutien concret, direct, à notre activité qui est aussi une activité économique, avec une logique entreprenariale, ce bien malgré nous et nos aspirations plus artistiques…

Le cas de la revue Mouvement n’est hélas pas isolé, mais il est symbolique d’une vraie crise de la presse en général. Tous les jours, des titres disparaissent, en France comme ailleurs dans le monde, faute d’une réelle volonté de les soutenir, qu’elle émane des politiques comme des structures culturelles ou du public.

C’est grave. Et inconséquent. Car en clair, nous sommes tous concernés, producteurs comme consommateurs. Il s’agit vraiment de nous réveiller et inverser la tendance. Parce que, s’il faut compter sur les médias grand public pour nous informer de la diversité et l’exigence de la création contemporaine, autant tout de suite s’adonner à la pêche à la ligne…

Bref, l’instant est capital, pour toute la culture, pour tous ses acteurs. Dépéchons-nous.

Marc Roudier

Pour soutenir la revue Mouvement, allez sur son site : http://www.mouvement.net

et aussi rejoignez : http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/faire-manifeste-avec-mouvement

Et abonnez-vous à INFERNO six-monthly, le semestriel papier d’INFERNO Magazine, sortie le 5 juillet prochain : http://wp.me/p1JWTy-3gk

Visuel : extrait du « Toiletpaper », revue de Maurizio Cattelan / copyright Toiletpaper 2013.

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