ISRAËL GALVAN : LO REAL, POUR NE PAS OUBLIER…

Israël Galvàn : Lo Réal / Montpellier Danse 2013

Sous une nuit d’étoiles à led, Isarël Galvan, torse nu, retrace l’histoire des Gitans pendant la seconde guerre mondiale. Tout autour de la scène, la Tribu (plus importante cette fois-ci, avec notamment un clarinettiste/saxophoniste et un pianiste) rôde et protège, observe et juge les errements des trois artistes : l’impétueux Galvàn, Belén Maya et surtout Isabel Bayón belle comme un fruit mûr à point, qui sera l’incandescence de ce spectacle.

Ils dansent tous avec la dernière énergie du désespoir. On les sent sincèrement touchés et investis, comme à chaque fois chez ces interprètes d’exception, mais le sujet et sa véracité historique, ajoutent à l’émotion. Le corps percuté, percutant, se fait aussi percussif et résonne pour accompagner le chant au même titre que le bois ou le métal. La danse, comme une prière épileptique, est millimétrée comme un numéro de jonglage. Plus Galvàn avance dans la construction de son œuvre, plus il mélange Flamenco et danse contemporaine. Les mouvements, la posture des corps relèvent de plus en plus du contemporain quand l’enchaînement des séquences et la fluidité du langage reste fidèle à ses origines.

Les inspirations musicales sont elles-aussi très métissées et de plus en plus inspirées des musiques contemporaines. Le pianiste Alejandro Rojas Marcos apporte toute une série de dissonances et de jeu dans les cordes qui brouillent avec malice le langage musical du Flamenco de Galvàn. Le spectacle est hyper novateur, sans être indigeste. Une grande partie de la chorégraphie est un véritable duo entre le danseur et un piano cassé. Aux cordes de métal sont reliés des élastiques qui créent à la fois des images de ring de boxe, de prison, et font résonner le piano dans un chant mortuaire des plus émouvant. Galvàn tire sur ces bretelles, jette ses boyaux et arrache les cordes du piano au fur et à mesure que le temps s’étire pour les prisonniers des camps. Le chant égrenne les noms des déportés comme des pierres tombales oubliées qu’il faudrait restaurer.

Le surtitrage, fluide et précis, prend toute sa force quand la chanson cite Hitler au détour d’une musique d’amour. On pourrait émettre des doutes sur l’utilité du procédé pour les premières chansons qui évoquent, comme très souvent dans le Flamenco, d’un homme triste parce qu’elle est partie avec son frère. Mais la mièvrerie des paroles devient un oxymore frapant quand sonne le glas de la réalité.

Seul « l’entracte », une partie plus légère autour de Carmen et entrecoupé de deux publicités, ne trouve pas réellement sa place dans le rythme du spectacle. Une fois passé l’entracte, on a du mal à raccrocher, à se replonger dans l’horreur et le dégoût. Seule une des publicités, pour Raid anti-cafard, trouve très bien sa place : le public qui en pleurait se met à rire. Et pourtant, placé à cet endroit, la comparaison entre les gaz exterminant les rampants et les hommes, reste dans le jus du spectacle : grinçant et brûlant d’humanité.

La dernière image enferme les artistes derrière un mur, les séparant du reste du monde. Heureusement, les applaudissements furieux les font revenir à nous dans un salut inspiré.

Bruno Paternot

galvan[1]

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