FESTIVAL D’AVIGNON : « RAUSCH », LE THEÂTRE CRITIQUE DE FALK RICHTER

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FESTIVAL D’AVIGNON 2013 : « Rausch » / Falk Richter et Anouk Van Dijk / Du 16 au 23 juillet Avignon / Cour du Lycée Saint-Joseph

Le théâtre critique de Falk Richter implose les discours consensuels dans un dialogue entre théâtre et danse éblouissant. Pour ce faire, il s’attaque à la liberté telle qu’elle est communément désirée aujourd’hui. Ce qui nous force à être libre est la représentation d’un individu épanoui, une sorte de rameau qui vivrait parfaitement détaché en tout point de l’arbre, de la communauté.

Aidé par un coach de bien-être, un couple met tout en œuvre pour individuellement pouvoir se détacher tranquillement, sans la pression de la communauté. Cette liberté en opposition au collectif, trouve son épiphanie dans la figure du couple, de l’être à deux parfaitement déconstruit et ironisé, ici mise en exergue au cours de prises de paroles en direct ou d’une dispute pathétique.

L’une des aberrations de la figure du couple, outre son aspect édulcorant, est la jalousie, la volonté qu’autrui nous appartienne, jusqu’au point de le nier absolument. L’amour est ce qui rend au fond le plus visible les effets néfastes produits par nos sociétés capitalistes. Avec la famille, la propriété privée, nos sociétés tentent de créer un espace libre reclus, autiste aux autres.

Sur scène, une immense boîte à moitié ouverte, une ligne noire la partageant, donne à voir ce sentiment de cloisonnement. Deux danseurs se cognent inlassablement sans se toucher contre les parois de cette structure. Ce jeu incessant à l’intérieur des parallélépipèdes qui apparaissent et disparaissent constamment, est d’une puissance évocatrice absolue. Dans cet espace réduit, les chorégraphies prennent de l’ampleur et explosent nos représentations du couple. Deux individus s’agrippent violement, puis se jettent l’un et l’autre contre les murs, jusqu’à épuisement. Rausch signifie ivresse, dans son soulèvement, émergent d’autres modes d’association qui coïncideraient avec une liberté d’ordre collectif. Car comme le dit le texte de Falk Richter : « Peut-être est ce une erreur de croire que deux personnes peuvent être heureuses ensemble ; peut-être seuls dix ou vingt personnes peuvent être heureuses ensemble. »

La pièce de Richter propose quelque chose d’autre. A l’image de ces animaux qui s’associent entre eux, comme par exemple les fourmis ou les abeilles. Ils ne peuvent vivre et croître sans la communauté. Ils dépendent d’elle entièrement, les lois naturelles les obligent à vivre pour le tout, étant une partie constitutive de celui-ci.

L’abeille ouvrière avec son aiguillon et son collecteur de pollen participe à la communauté en œuvrant pour elle, mais elle travaille également également à sa survie qui dépend entièrement de l’organisation de sa communauté. Il y a une utilité collective au fait d’avoir un aiguillon pour l’abeille. Sa nature est constituée de telle sorte qu’elle ne peut obtenir aucun bien particulier sans contribuer à l’utilité commune. L’individu sociable se développe avec la communauté, et non en opposition à celle-ci.

A la fin de Rausch, une meute se constitue, la scène se transforme en un camp Occupy. On est porté par ce groupe qui tente de mettre en place de nouveaux mondes pour contrecarrer l’ancien. Au cœur de ce collectif, apparaît notre capacité à créer de nouveaux liens de confiance. On sort optimiste de Rausch, car après ces deux heures survoltées, on a confiance dans le fait que nous trouverons de nouveaux moyens, de nouvelles solutions, qui permettront à l’individu social de se développer en accord avec la communauté.

Quentin Margne

Photo copyright C. Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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