EINSTEIN ON THE BEACH : L’OPERA DE BOB WILSON ET PHIL GLASS AU FESTIVAL D’AUTOMNE

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Einstein on the Beach : Bob Wilson / Phil Glassau Théâtre du Châtelet, du 7 au 12 janvier 2014, dans le cadre du Festival d’Automne de Paris.

Le temps glisse, suit des lignes de fuite, se retourne et puis revient. Balancement et étirement de la métrique qui aboutit finalement à une plongée sensible dans la chair épaisse de la dimension quatre. Cette pièce est une pelote faite de circonvolutions et de spirales aspirantes. Nous voilà au cœur de la fascination. Pris dans le sortilège, nous succombons.

Il faut dire que l’entrée dans l’écriture répétitive de Philip Glass et dans l’univers maniaque de Robert Wilson ne se fait pas sans une certaine appréhension. Serons-nous capables d’absorber ces notes qui martèlent sans fin notre tympan et de comprendre les images d’infini produites par ces mouvements mystérieux ? Si dans un premier temps la raison résiste, le corps, quant à lui, lâche. A partir de ce qu’il perçoit, il fabrique des sensations simples et complexes à la fois. Il se laisse envahir par des canons polyphoniques dans lesquels nous nous immergeons afin qu’ils nous révèlent des endroits insoupçonnés.

Comme souvent chez Robert Wilson, la gestuelle est précise et compulsive, conçue sur la lame d’un rasoir. Les décors, appuyés par des découpes de lumière crue, créent des espaces imaginaires et nous transportent dans un monde impossible. Ce monde nous renvoie à une monotonie et un futurisme issus d’une autre planète. Les hommes et les femmes sont comme des objets mus de ces « esprit animaux » chers à Descartes. Une étrange nécessité les guide à travers une épopée qui se rapproche du rêve.

Le tout est extrêmement chorégraphié. Nous reconnaissons tout spécialement, par deux fois, la main de Lucinda Child, chorégraphe majeure du postmodernisme américain. Lors de ces deux tableaux, la danse devient la seule maitresse sur scène. Suivant, ou plutôt poursuivant le rythme frénétique de la musique, les danseurs semblent quitter le sol pour flotter dans les airs, légers. Leur présence nourrit ce sentiment d’impossible qui guide la pièce d’un bout à l’autre car elle transforme les corps en des masses emportées dans des tourbillons de mouvements, de lignes et des cadences ardues.

Impossible ? Et pourtant cet opéra en quatre actes fait preuve d’un grand pouvoir. Celui de rendre visible, imprimée de façon durable sur nos rétines, la musique extraordinairement savante et pourtant immédiate de Philip Glass. La répétition comme motif sauvage, comme berceau et puissance génératrice d’incessantes modifications. Une évolution que l’on n’arrête pas et qui caractérise la formation des formes les plus délicates. Elle ne cesse de faire s’éloigner et se rapprocher de nous son énergie vitale.

Cette composition extrêmement compacte, au maillage si serré, nous la ressentons comme un piège inhumain. Pourtant, et c’est à cet endroit précis que le piège devient offrande, dans ces mouvements virevoltants et sans fins, l’impossible explose. Nous découvrons que ce travail de répétition, d’étirement du temps et de contemplation suave, n’est en fin de compte qu’un mouvement de va-et-vient entre de qui est donné et ce qu’il nous faut chercher. Par sa complexe architecture, elle nous fait voir ce qui est là sans que nous ne l’ayons jamais vu. Cette chose si simple, et encore une fois si confuse qui est le sentiment amoureux, dans ses hésitations et ses batailles. Un mystère né au-delà des chiffres que même la science n’a jamais pu synthétiser.

Einstein on the Beach est présenté au Théâtre du Châtelet dans le cadre du festival d’Automne, en partenariat avec le Théâtre de la Ville. Il s’inscrit dans un portrait dédié à Robert Wilson dont la dernière création, The Old Woman, a été présentée au Théâtre de la Ville en novembre 2013.

Quentin Guisgand

http://www.festival-automne.com/philip-glass-robert-wilson-spectacle1633.html

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