BRÛLEZ-LA ! : GISÈLE VIENNE AU MAILLON AVEC « THE PYRE »

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GISÈLE VIENNE : »THE PYRE » / le Maillon, Strasbourg / 16-17 janvier 2014.

Le Maillon, en partenariat avec Pôle Sud, a accueilli les 16 et 17 janvier 2014, « The Pyre » de Gisèle Vienne : pièce en trois actes mêlant danse, musique, théâtre et lecture. La pièce était présentée dans le cadre du projet « Dance Trip », initié par « Triptic – échange culturel dans le Rhin Supérieur » dans le cadre de la présidence de l’Autriche du Comité des ministres du Conseil de l’Europe.

Désespérance ?
La pièce se divise en trois parties : la troisième partie est « la danseuse », la seconde est « la danseuse et le fils » et la première partie est « le livre ». On assiste en premier à la troisième, commençons donc par la fin, mais est-ce vraiment la fin ?

Ainsi, le spectateur se voit remettre, avant le début du spectacle, un livre: The Pyre – Part I , By the son ou Le Bûcher (Ire partie, Par le fils) (traduit de l’américain par Jean-Luc Mengus et Zachary Farley) publié chez P.O.L. éditeur. Dès le début de la pièce, le spectateur est invité à prendre le temps de lire l’ouvrage écrit par Dennis Cooper après la représentation, soit sur place, soit chez lui. Le temps de lecture est estimé à une trentaine de minutes, il fait partie intégrante de la durée de la pièce, la pièce et le texte sont un tout, l’un se nourrissant de l’autre, le dernier étant le premier, ce qui initie et ce qui conclue, ce qui explique aussi. Avec The Pyre, Gisèle Vienne et Dennis Cooper cherchent à à chambouler le rapport entre le texte et la mise en scène. Alors qu’habituellement, le texte vient en amont de la pièce qui en est une adaptation, ici, c’est l’inverse qui est proposé, il y a la pièce puis le texte que nous ne lisons que rarement voire jamais.

La scène se constitue comme suit : un sol noir réfléchissant, un décor à la fois minimaliste et très présent, des LED forment deux bords de ce qui pourrait être un tuyau. Ils façonnent une sorte de tunnel lumineux ou vortex. Une femme seule s’y trouve, elle est à terre. Elle s’anime progressivement, prend vie, elle se lève progressivement en une danse tout en souplesse et fluidité. Elle tient la pièce à elle seule, elle fascine et hypnotise. L’effet hypnotique est renforcé par les jeux de lumières et par les sonorités, musique originale par KTL (Stephen O’Malley et Peter Rehlberg). Elle se contorsionne, se relève, danse, ne se montre pas, on voit son corps, son visage le moins possible, elle le cache derrière une masse de cheveux. Quand enfin on le voit, il semble ravagé, triste, son regard est cerné de noir et a quelque chose de l’ordre du désespoir qui s’y reflète.

Ce désespoir on le perçoit dans la frénésie avec laquelle elle danse : que cherche-t-elle à exprimer ? Un certain désenchantement ? Le besoin de se perdre dans la musique, la danse, la lumière pour oublier ? Mais que chercherait-elle à oublier ? Pourquoi danser comme si elle n’allait plus pouvoir le faire ? Pourquoi part-elle dans tous les sens ?

Elle danse de manière frénétique, elle alterne les rythmiques, la façon de bouger, passant d’un état à l’autre, d’une façon de se mouvoir à une autre de façon rapide et saccadée. Est-elle en boîte de nuit ? Qu’est-elle ? Qui est-elle ? Pourquoi danse-t-elle avec l’énergie du désespoir ? Le spectateur est mis face à cette énergie, à cette danse qui parfois est lascive, d’autres fois robotique, ou encore contorsionniste, maîtrisée dans tous les cas. La danseuse maîtrise son corps, ses gestes, ses yeux, ses cheveux, tout ce qui la masque et révèle. La mise en lumière accompagne sa performance scénique, les jeux de lumière aussi. Autant qu’elle, ils fascinent et ajoutent à l’impression d’être hypnotisés et immergés dans un univers fou ou irréel, d’où elle essaie de s’enfuir mais elle est arrêtée par une paroi vitrée.

Fin ?
Quand la pièce débute, la danseuse est à terre, quand elle finit cette troisième partie, c’est aussi le cas, entre temps, elle a dansé comme une folle, comme une hystérique pourrait-on dire, elle s’est démenée. Puis l’obscurité est arrivée, la deuxième partie est annoncée et la lumière arrive à nouveau, la danseuse n’est plus seule, un jeune garçon l’a rejointe, son fils. Alors qu’elle porte un justaucorps, des collants blancs et des chaussures à talons argentés, lui, porte un pull rouge et tient à la main un revolver.

Elle continue à danser, cherche à s’enfuir, lui, essaie d’obtenir une réaction de sa part mais elle continue son soliloque de danse sans avoir conscience de ce qu’il se passe autour d’elle ni même qu’il y a quelque chose à part elle. Étonnant, dérangeant, déroutant. Pourquoi ne le regarde-t-elle pas ? Jusqu’au bout ce fils va chercher d’elle une réaction même quand elle sera allongée par terre, recroquevillée, une fumée s’élevant de son corps. Pendant ce temps-là, lui va taper du pied, faire des grands gestes avec ses mains, ses bras, en une injonction à réagir mais elle ne réagit pas, l’ignore, et meurt à petit feu.

Ordre après le chaos ? Enfin, les explications… mais sont-elles nécessaires ?
La première partie commence quand la pièce se termine, au spectateur de devenir lecteur, d’avoir des éléments de compréhension, d’avoir l’histoire et de découvrir l’histoire (la tragédie ?) de cette famille où la mère cherche à oublier tout ce qu’est sa vie. Pourtant le texte ne dit pas cela, ce n’est pas le fils qui tue la mère, mais en n’ayant pas empêché ce qu’il savait devoir arriver, il est responsable et se sent responsable : « vous voyez, je n’exprime rien d’autre ici que mon besoin de parler d’elle maintenant, et ma prose est médiocre, nulle, sans intérêt, alors à quoi bon ? Parce que j’ai envie que quelqu’un qui la connaissait lise ce livre et me trouve, je suppose. (…) Je veux trouver quelqu’un qui puisse me confirmer que mon amour pour elle en vaut la peine, ou me convaincre qu’elle n’était personne (…). » Le texte qui aurait pu initier la pièce et la performance scénique, éclaire autrement ce qui a été montré mais emmène plus loin dans l’histoire, l’un pourrait aller sans l’autre mais les deux se lient en un rapport complexe et complémentaire.

Cécile R.

« The Pyre » sera joué à la Kaserne à Bâle les 24 et 25 janvier 2014 (www.kaserne-basel.ch), les 30 et 31 janvier 2014 au TNT en collaboration avec le CDC Toulouse – Midi Pyrénées, le 4 février 2014 au Le Parvis, scène nationale de Tarbes – Pyrénés et les 19 et 20 février 2014 sur la Scène nationale d’Orléans.

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Photos : Maarten Vanden Abeele, Hervé Veronese

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