PRELUDE A L’AGONIE : UN WESTERN FOUTRAQUE VERSION ZEREP AU ROND-POINT

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Sophie Perez et Xavier Boussiron : Prélude à l’agonie / Théâtre du Rond-Point / 16 – 25 janvier 2014.

Le rire encore et toujours lucide, inquiétant, un brin cynique, corrosif et sans tabous de la compagnie du ZEREP s’attaque à la Frontière et à ses mythes fondateurs d’une nation qui a changé le cours de l’histoire. Sophie Perez et Xavier Boussiron se mesurent au genre du western qu’ils poussent dans ses retranchements, le plus à l’ouest possible.

Après les contes qui virent au cauchemar (Oncle Gourdin, par exemple) et les musicaux complètement foutraques (Enjambe Charles), les codes du western viennent nourrir l’imaginaire de cette nouvelle création de la compagnie du ZEREP. C’est du côté de Sergio Leone que lorgnent Sophie Perez et Xavier Boussiron, qui empruntent au réalisateur désormais culte le penchant pour le jeu de masques directement inspiré de la commedia dell’arte et le plaisir malin d’abimer les genres, ainsi que le magnifique titre, Prélude à l’agonie, qui contracte dans sa syntagme poétique un double mouvement où la déchéance guette à même les germes de l’élan inaugural.

Le plateau du Théâtre du Rond-Point est ainsi juché d’ossements géants qu’on imagine blanchis par le soleil impitoyable des étendues désertes, reliques d’une civilisation étrange dans lesquelles les aficionados du ZEREP vont reconnaître le masque avorté d’Arlequin au cœur de l’installation Beaubourg la Reine dans le cadre du Nouveau Festival du Centre Pompidou en 2009. Pour les deux metteurs en scène tout est question d’associations, souvent sauvages, insolites, qui font voler en éclats les poncifs du sens commun, question d’échelles aussi. Ainsi les fragments de ce masque démesuré, dont se détachera au fur et à mesure de l’avancement du spectacle ce mystérieux œuf pondu par le cow-boy solitaire, ainsi les énormes écarts entre les enjeux métahistoriques de la conquête de l’Ouest et la tourmente d’une petite trisomique qui attend son lubrique vacher, ainsi encore l’ingénieuse antichambre qui fait écho, sous des apparences de salon de XIXème siècle tout droit sorti de la plume d’un Courteline, peuplé de personnages nains, aux fantasmes de la terre promise. Lord Byron, Christian Boltanski, le Club du désert et les metteurs en scène sociologues, les peaux-rouges, l’hystérie collective des anti-mariage gay, La Mouette de Tchekhov qui vire illico au lapin en chaleur, les danseuses de saloon, les carnages et le Barnum vicelard se côtoient joyeusement dans une furieuse sarabande qui exhibe immanquablement le revers de la médaille du folklore conquérant. Lovées dans des fauteuils tournants, trois redoutables égéries de la Frontière dévoilent maints attributs affriolants, grotesques, prodigieusement augmentés à chaque nouvelle rotation.

Sophie Perez et Xavier Boussiron montrent comment le délire contamine sournoisement les penchants guerriers et les transports religieux. Secondés par des performeurs hors paire, les deux metteurs en scène excellent en inventivité. Il y a la danse tectonique aux sweats roses, l’irrésistible scène de la banane, à la chorégraphie très stricte qui vire à l’orgie, mais nous allons retenir surtout ce pas de deux sur fond de blues hanté avec la dépouille d’un cheval blanc, mort et desséché.

Smaranda Olcèse

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