68e FESTIVAL D’AVIGNON : VIRAGE A 180°

Ivo-Van-Hove-Personna-

FESTIVAL D’AVIGNON 2014 : Avant-programme de la 68e édition / 4-27 juillet 2014.

Olivier Py présentait à la FabrikA ce jeudi 20 mars -jour de printemps et de renouveau (!)- l’avant programme du 68e festival d’Avignon…

Il est encore trop tôt pour se faire réellement une idée des contenus, d’autant qu’il s’agit ici d’un avant-programme, mais force est de constater que le Festival avec Olivier Py prend décidément une direction nouvelle, que d’aucuns qualifient d’ailleurs déjà de retour en arrière. Un virage à 180° pour le moins.

Effectivement, et Py le revendique sans détour, il semblerait que la volonté de revenir aux « heures glorieuses » du Théâtre selon Vilar soit de mise, comprenons, comme le définit Py lui-même, un retour à un théâtre « populaire et vivant ». Un théâtre qui fait la part belle au texte, assurément.

Nous verrons ce qu’il en est et jugerons sur pièces de la qualité de ce programme qui fleure bon les « années héroïques » du Festival, rompant ainsi délibérément avec ce qui avait fait son succès à l’international ces dix dernières années, sous la co-direction Baudriller-Archambault : soit un théâtre ouvert pleinement sur la création la plus exigeante, les nouvelles formes, la performance et les connexions et complicités assumées avec l’art et les recherches les plus contemporaines…

36 oeuvres composent ce pré-programme, soit un tiers de moins que ces dernières années. Beaucoup moins de créations et même de productions « maison » qu’auparavant, si peu d’international (ou alors prétexte), encore moins de propositions dites « pointues » -ici vous ne trouverez nulle trace d’un Castellucci, d’un Jan Fabre ou d’une Angélica Liddell- mais l’on notera cependant que pour les deux tiers de la programmation, il s’agit d’une première invitation, ce qui n’est pas pour autant gage de quoique ce soit… Enfin, un dispositif « jeunes » permettra au public en herbe de se coltiner 4 pièces pour 40 euros, un bon point à l’initiative d’Olivier Py, même si -comme le titre le quotidien La Provence avec ironie- cela permet de faire « du jeune avec du vieux »…

Dans cette programmation en forme de « manifeste », c’est bien sûr le théâtre -un certain théâtre- qui se taille la part du lion, et là, la touche Py est indéniable. Un classicisme certain, peu de véritables risques, et surtout le rappel symbolique à des « valeurs » qui ont fait les beaux jours d’un Avignon du siècle dernier : Claude Régy, par exemple, ou encore ce Prince de Hombourg de Kleist dans la Cour d’honneur mis en scène par Giorgio Barberio Corsetti, soit l’hommage appuyé aux riches heures du Festival première période, quand le rôle-titre de ce « Prince » était tenu par l’indéboulonnable statue d’airain Gérard Philipe…

Outre trois pièces d’Olivier Py lui-même, citons Thomas Jolly qui présentera son Henry VI, ou encore Christian Schiaretti, Michel Raskine, Marie-José Malis qui partagent cet avant-programme avec d’autres metteurs en scène représentatifs d’un courant « à la française »… Bref, à n’en pas douter, du « théââtre », comme le disaient ces dernières années les nostalgiques spectateurs du festival à l’ancienne, ceux à qui Olivier Py va enfin faire plaisir.

Quelques signes parmi d’autres -tout aussi éloquents comme l’affiche de cette 68e édition aux trois clés « historiques » ostensiblement revendiquées- envoyés aux zélateurs d’un théâtre « pur », débarrassé de ses velléités « modernistes » et de ses « dérives contre-nature », qui attestent clairement de ce virage réactif pris par la nouvelle direction, comme l’a bien compris Le Figaro -journal réputé pour ses positions avant-gardistes- dont le compte-rendu élogieux à l’adresse explicite de son lectorat averti ravira les « oubliés » du bon vieux théâtre d’antan, celui même dont ces spectateurs frustés par la précédente direction artistique battaient depuis dix ans le rappel. Et bien c’est fait !

Au-delà, quelques bons metteurs de la scène internationale sont là cependant qui ancreront tout de même cette édition dans une certaine contemporanéité : Josse de Pauw et Kris Defoort, Ivo van Hove, Fabrice Murgia, Emma Dante, Antu Romero Nunes

Notons également une belle part faite à la danse, avec des propositions de grande qualité : ainsi du retour d’Alain Platel, mais aussi Thomas Lebrun ou Robyn Orlin, Julie Nioche, Serge Kakudji, ou Arkadi Zaides… Sur ce point également, le Festival perpétue une certaine tradition, mais là c’est pour la bonne cause.

Le Programme « Sujets à Vif » est lui aussi maintenu, ce qui est plutôt bon signe, avec cette année notamment Emmanuel Eggermont et Hélène Soulié, Lola Lafon, Volmir Cordeiro, Chinatsu Kosakatani…

Retenons enfin une curiosité, un « Mahabharata« , trente ans après Peter Brook et son extraordinaire réussite, toujours à la carrière de Boulbon, mais mis en oeuvre par Satoshi Miyagi. Soit une visite express de moins de deux heures (!) du livre fondateur de la culture indienne, dont Brook et ses douze heures inoubliables de théâtre total firent l’événement de l’édition de 1985…

Question dates et lieux, peu de changements, sinon que L’hôtel des Monnaies (anciennement conservatoire) est désormais de la partie, tout comme l’ancienne prison confiée à la Collection Lambert qui l’investira en juillet, toujours dans le cadre du Festival.

Enfin, et pour conclure, la clôture de cette 68e édition laisse pour le moins dubitatif, confiée cette année au groupe de « rock » Les Têtes Raides (!) dans la Cour d’Honneur, pour un final très années 80…

Marc Roudier

Visuel : Ivo van Hove, « Persona »

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