ENTRETIEN : DOMINIQUE HERVIEU, DIRECTRICE DE LA BIENNALE DE LA DANSE DE LYON

D.H. dans Le Thermes, installation

16e BIENNALE DE LA DANSE DE LYON : Entretien avec Dominique Hervieu, directrice de la Biennale de la danse de Lyon.

Pour sa deuxième Biennale, Dominique Hervieu est partout. Elle commente en direct le défilé pour la télévision locale, elle assiste à tous les spectacles, serre les mains aux pots, prends déjà des rendez-vous pour l’édition 2016. Si elle se décuple à l’infini, c’est plus pour être de toutes les fêtes que pour tout contrôler. En effet, malgré son statut de directrice artistique d’un des plus grands événement culturel français, celle qui a inventé avec José Montalvo une danse réjouissante et fougueuse ne vit pas autrement : dans la jouissance et dans la fougue. Il se trouve que cette 16e Biennale lui ressemble. Entretien le 23 Septembre, dans son bureau au dernier étage de la Maison de la danse avec une femme de tête, obstinée mais souriante.

Inferno : Comment va la directrice de la biennale ?

Dominique Hervieu : Ça va. Ça va très bien. Il reste dix jours. Jusqu’à maintenant ça c’est plutôt bien passé. Ça va bien parce que je sens qu’il y a une curiosité, un appétit. Hier (NDLR le Lundi 22 septembre), on avait 10 000 spectateurs à Lyon dans une journée. C’est très significatif puisque la diversité de la programmation permet cette cohabitation de toutes les danses et du coup de tous les public. C’est très stimulant, très vivifiant. (NDLR : Il y avait entre autres Dada Massilo, Rocio Molina, James Thierrée…)

Comment va la danseuse et chorégraphe ?

Ah (petit sourire). Elle va bien mais parce qu’elle s’est mise entre parenthèse, en suspend. C’est vrai qu’il y a des enjeux très importants, c’est une confirmation de l’identité culturelle d’une ville qui passe par la danse, où la danse devient l’art emblématique d’une ville. C’est un vrai défi, une vrai ambition sur le plan local, national et sur le plan international. Ça me prend du temps, de l’énergie. Il faut vraiment réfléchir avec tous les collaborateurs. L’artiste que je suis se met est au service d’une projet très ambitieux et donc qui laisse entre parenthésé ma dimension d’auteur. J’ai un petit pincement au cœur de temps en temps quand je tombe dans un studio de répétition. Mais je suis bien là où je suis.

Ce n’est qu’une parenthèse ?

Je ne sais pas. (un temps.) Je vais réaliser un spectacle en mai 2015 avec 10 autres chorégraphes. Oui, c’est un parenthèse.

Vous appelez de vos vœux la réussite des concertations pour la remise à plat du statut de l’intermittence. Le 1er Octobre, il y a un appel à la grève et vous présentez encore des spectacles.

Ma positon c’est de discuter avec les artistes et les équipe techniques. En tant que direction de la biennale, je me suis engagée et je soutiens le mouvement des intermittents, c’est à dire la remise à plat, l’étude, le principe de justice entre tous ceux qui bénéficient de ce régime de l’intermittence. Pour qu’il y ait enfin une solution pérenne, pour qu’une crise n’apparaisse pas tous les trois ou cinq ans. En ce qui concerne le 1er octobre, je discute avec tout ceux qui sont sur scène sur leur désir ou pas de faire grève et ensemble on décide d’une position. À la différence d’un lieu comme Fourvière, nous, pendant la biennale, il y a 40 théâtres, 40 équipes techniques et 37 équipes artistiques différentes, donc c’est du cas par cas.

La différence aussi c’est que le 1er octobre, il y a une équipe de Los Angeles et une de Grèce. Pour Patricia Apergi, c’est un très grand moment. Elle n’a que deux dates. La discussion, elle est liée à une réflexion aussi au delà du cas franco-français. Et de ce que ça représente de les pénaliser ou pas.

Sur 45 spectacles, seulement 18 femmes sont à la direction artistique. Pour 39 hommes. On remarque que les femmes sont souvent en duo et qu’elles sont citées après dans tous les programmes malgré l’ordre alphabétique.

Oui. On m’a fait la remarque. Moi, je ne suis pas pour les quotas. Si quelqu’un est au courant du travail qu’il faut faire en tant que femme pour avoir des postes de responsabilité… Je très attentive à ce qu’il y ait des auteures. Je fais un peu de discrimination positive, si j’hésite entre deux œuvres. Après, la vie, ce n’est pas des statistiques. Dans les années 80, on a connu une création féminine incroyable : Carlson, Baush, Brown et en France Saporta, Monnier… Il y a eu des moments où il y avait cet état de l’art où l’équilibre homme/femme était respecté.

Puis la danse est passé d’un art minoritaire, d’un art de gesticulateur à un art majeur. Et donc la danse est devenue un art avec de l’argent et de la représentation. Et, c’est à ce moment que les hommes sont venus investir le champ de la danse. Pour prendre, voler le pouvoir.

Je suis pas sûre que ce ne soit que lié à ce rapport direct au pouvoir. Il y a des cycles, il n’y a pas d’homogénéité toujours. Il n’y a pas de raison que les femmes auteures ne retrouvent pas leur place des années 80.

Vous êtes déjà sur la prochaine édition ?

Je suis déjà sur 2016, ce matin j’étais au téléphone pour un gros projet avec des engagements, des dates.

Vous vous doutez bien que je vais vous demander ce que c’est que ce gros projet ?

(Rires) Ah non non non…

Il est beau ! Très très beau ! Le monde entier viendra à Lyon pour voir ce projet !

Là, je suis en train de travailler avec des nouveaux. Il y en a beaucoup qui n’étaient pas là ni en 2012 ni en 2014.

Des découvertes, des gens qu’on n’aura pas vus ailleurs ?

Des découvertes, j’espère que j’en ferais. C’est un peu au dernier moment. Catherine Gaudet, qui est une artiste québécoise et qui est vraiment une grande artiste ou Dimitris Papaioannou, un grec. Il y a des gens qui sont en effet très peu repérés en France avec lesquels je suis un peu en train de travailler. C’est un savant mélange entre des fidélités, des artistes de notoriété internationale et des découvertes.

Propos recueillis par Bruno Paternot,
envoyé spécial à Lyon

Dominique Hervieu

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visuels : 1- D. Hervieu dans « Les Thermes », installation / 2- Dominique Hervieu / 3- vue de la Biennale / photos Stéphane Rambaud / Biennale de Lyon

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