BIENNALE DE LYON : MOURAD MERZOUKI / NOE SOULIER

Mouvement sur mouvement

16e Biennale de la Danse de Lyon : Mourad Merzouki « Récital à 40 » / Noé Soulier « Mouvement sur Mouvement ».

De l’action et de la réflexion

Diversité. La Danse est multiple. C’est un des mots d’ordre de cette 16e Biennale de la danse. Dans cette multiplicité, le service communication a proposé plusieurs parcours : Cirque, Performance et plusieurs pièces de Hiphop peuvent permettre aux habitués du genre de découvrir ou redécouvrir des pointures de la discipline. Issus de deux familles a priori opposées, Noé Soulier et son Mouvement sur mouvement ainsi que Mourad Merzouki et la reprise de Récital à 40 présentent malgré tout des similitudes.

Les deux appellent le spectateur à porter un regard sur le répertoire et sur la transmission. Comment l’artiste se pose en tant qu’interprète d’une œuvre et non en tant qu’exécutant : Il veut s’intégrer pleinement dans l’histoire de sa discipline. Autant pour Noé Soulier, il s’agira d’une introspection, placer son corps sur une case précise et intime de l’échiquier corporel, autant pour Mourad Merzouki, c’est une question de groupe, de génération, de famille.

Mourad Merzouki : Récital à 40.
Récital est une pièce de 1998 qui a révélé la compagnie Kafïg au monde entier. Initialement composée pour six danseurs, Merzouki à eu la volonté de la reprendre pour 40 danseurs (dont pas mal de Lyonnais, ce qui arrange bien pour remplir l’immense amphithéâtre de la cité internationale). Suite à la création du PôlePik, basé sur certaines missions des Centres Chorégraphiques et qui vise à l’institutionnalisation du Hiphop pour lui permettre de travailler dans les meilleurs conditions possibles, s’est créé le projet Kampus. Se poser la question de la transmission, du répertoire, de la formation (la fameuse question du Diplôme d’État) est une constante chez Mourad Merzouki qui a le courage de faire bouger les lignes et donc, à ce titre, de proposer à une profession d’acter ces dites lignes. La beauté d’un geste artistique est d’être dans le flou, la beauté d’une institution est d’être dans une ligne droite et claire. Merzouki essaie de jongler entre les deux, avec plus ou moins de réussite, mais a le mérite d’essayer et transformer cet essai régulièrement.

Si Récital est une pièce « première génération », elle a l’intérêt, mis en relief par vingt ans de création en salles, de montrer à quel point le hip-hop est une discipline qui a évolué, qui a grandi, qui c’est complexifiée. Techniquement, les pas comme les enchaînements sont devenus d’une exigence et d’une brillance sans comparaison (presque malheureusement, tant la scène contemporaine est devenue une foire à la démonstration). Si le passage à quarante n’apporte pas grand chose et si la chorégraphie a un peu vieilli, on peut y trouver l’intérêt de retracer le parcours de Merzouki et d’en éclairer les obsessions et les similitudes. Ainsi, comme dans Boxe boxe, un interprète prend un charge la dose d’humour qui permettra au spectacle de varier les rythmes. Dans Récital, il s’agit de David Rodrigues et de sa Talkbox, dans Boxe boxe c’est l’excellent Steven Valade (aussi présent dans Récital) qui joue ce rôle en arbitre-culbuto.

Noé Soulier : Mouvement sur mouvement
Noé Soulier à brillamment réussi ses études. Des études à la fois pratiques (CNSMD*) et théoriques avec une maîtrise de philosophie. La pièce Mouvement sur mouvement en représente le parfait point d’équilibre entre les deux. A la fois une réflexion sur la danse (le mouvement de la pensée), c’est aussi une performance dansée, donc en mouvement. Pour que le discours et l’action ne se percutent pas et rendent un peu plus troubles les lignes d’achoppements et de rassemblement, le chorégraphe refuse systématiquement la redondance geste/parole. Comme tous les systématismes, celui-ci diminue quelque peu la partition qui reste malgré tout extrêmement intéressante et très accessible, tant pour le néophyte que pour le spécialiste. « C’est une pièce qui est un peu excessive, on ne peut pas tout entendre » précise le chorégraphe-interprète. Bien sûr, le discours étant tellement dense, l’auditeur-regardant doit sélectionner, prendre ce qu’il peut-veut ou tout simplement regarder se dérouler le fil de la pensée ou la suggestion, les amorces, les départs des gestes tel que nous les propose Noé Soulier.

Bruno Paternot
envoyé spécial à Lyon

*Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse. En Danse Classique, il existe deux écoles nationale supérieures en France : Lyon et Paris.

Récital à 40 : Pièce pour environ 40 danseurs — Création 2012 — Durée 50 min
/ Chorégraphe : Mourad Merzouki / Assistant chorégraphique : Kader Belmoktar / Récital à 40 s’inscrit dans le cadre du projet de transmission KAMPUS , initié en 2012 par le Centre Chorégraphik Pôle Pik.
Un extrait du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=nXruZmCoZTo

Mouvement sur mouvement : Solo — Création 2013 — Durée 50 min — En français, surtitré en anglais / Chorégraphe et danseur : Noé Soulier / Accueil : Opéra de Lyon, Biennale de la danse
Un extrait du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=Tu1BXwNLmE0

Récital à 40

Visuels : 1- Noé Soulier / 2- M. Merzouki / photos DR, Gilles Agui

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