JOAQUIN GRILO « COSITAS MIAS » , FESTIVAL FLAMENCO, NÎMES

Joaquin-Grilo

FESTIVAL FLAMENCO NÎMES 2015 : Joaquín Grilo – Cositas mías / Théâtre de Nîmes / 21 janvier 2015.

Le Théâtre de Nîmes, scène conventionnée par le ministère de la culture, propose aux Gardois tout au long de l’année la fine fleur de la danse contemporaine. D’Anne Teresa de Keersmaeker à Pina Bausch, de Saburo Teshigawara à Jirí Kylian, les plus talentueux danseurs du monde se relaient et tissent le tableau de la recherche chorégraphique actuelle. Les couleurs chaudes de cette photographie de la danse sont aussi représentées par le Flamenco et son festival, peut-être le plus prestigieux du monde après ceux de Séville et de Jerez. Israël Galvan, Belén Maya, Rocia Molina en sont les dignes représentés cette année, pour les 25 ans du Festival.

Mercredi 21 Janvier était présentée la dernière proposition de Joaquín Grilo : Cositas mías*. Pendant une heure trente, Grilo nous montre ses petites choses. Spectacle effectivement très personnel : en plus d’y tenir la place principale sur le plateau, il est aussi metteur en scène, concepteur, scénographe et costumier ! Cela donne malheureusement une proposition très imbue d’elle-même pour un spectacle qui cultive le culte de la personnalité et la prétention. Petites, toutes petites choses qui sont présentées.

Ce qui frappe au premier abord, ce sont les choix, tant visuels que chorégraphiques ou auditifs, à l’esthétique défraichie. On assiste à un spectacle révolutionnaire de 1982. Malheureusement pour Joaquín Grilo, la nouvelle danse française est passée par là et les Bouvier, Montalvo, Houbin ont déjà présenté exactement les mêmes propositions esthétiques il y a… trente ans. La gestuelle flamenca n’en ressort pas grandie : du manque d’inventivité couplée à l’outrecuidance ne résulte qu’un étalage véloce de performances vides. Ca frappe du pied, et très vite, mais pour dire quoi ? Pour montrer quoi ? Pour expliquer quoi ? Très peu d’invention, des figures répétées ad libitum de façon emphatique et souvent vulgaire déplacent la pièce vers une foire à la farce que le public mange avec gourmandise, comme il aime se régaler de spectacles gras et sucrés. Le pianiste invité, David Peña Dorantes, improvise avec brio des airs entre Ravel et Hancock qui pourraient figurer dans la playlist de Carolyn Carlson ou de Maurice Bejart… à leurs débuts. Que le Flamenco soit une puissance invitante est formidable. Qu’elle s’acoquine avec le jazz ne peut que s’en réjouir. Que la création musicale 2014 soit calquée sur celle de 1984 (au mieux) attriste.

Même si Grilo ne s’entoure pas assez, il sait choisir ses comparses : Remedio Amaya et Los Makarines sont émouvants et entrainants. On regrettera la sonorisation des percussions d’Ané Carrasco qui ne le mettaient pas assez en valeur. On espère retrouver la même équipe portée par un directeur artistique plus inventif et moins racoleur dans les prochaines éditions du Festival de Flamenco de Nîmes. Il est assez étonnant de remarquer la ressemblance physique frappante entre tous les chanteurs et musiciens masculins : jeunes, beaux et séduisants, ténébreux comme un certain Joaquín Grilo il y a trente ans. Le fait de s’associer à ses semblables, sans chercher à s’ouvrir sur les autres est assez représentatif de l’état d’esprit de cette représentation de Cositas Mìas. Si on enlève son gros égo et ses petites choses, la scène aurait pu être excellente…

Bruno Paternot

* En hommage à Paco de Lucia, dont c’était le dernier disque enregistré.

Photo Miguel Angel Gonzalez

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