JEROME ZONDER, « FATUM », LA MAISON ROUGE

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Jérôme Zonder, Fatum / la maison rouge, Paris / 19 février – 10 mai 2015

En présentant la première exposition monographique parisienne de Jérôme Zonder, la maison rouge nous rappelle à la vitalité du dessin dans le paysage de l’art contemporain. Alors que nous assistons en effet depuis quelques années à sa reconnaissance nouvelle et quelque peu paradoxale – le dessin ne renvoie-t-il pas à l’essence même des beaux-arts ? – l’exposition, qui se présente comme un parcours, explore le travail de la mine de plomb et du fusain en polarisant toutes ses possibilités.

Au niveau de la forme et du dispositif d’abord, puisque le dessin jonche les sols aussi bien qu’il conquiert les murs et les plafonds. L’œuvre se piétine, se scrute de près et de loin, au gré des couloirs parfois totalement plongés dans l’obscurité. Aussi la déambulation est-elle labyrinthique ; c’est d’ailleurs un peu avec surprise qu’au terme du voyage, nous découvrons que nous sommes revenus sur nos pas.

Cette circularité opérante se manifeste également lorsque la virtuosité et l’extrême minutie dont fait preuve l’artiste servent, par exemple, des compositions qu’il faut appréhender avec du recul. Dans de nombreux cas, la touche se fait pointilliste et suppose une image qui se recompose sur la rétine du spectateur. L’infime alors côtoie la démesure, le dessin devient une source d’expérimentation picturale et s’appréhende pour ses variations, là où l’œil ne s’est pas encore aventuré. En témoin cet immense quadryptique où une femme segmentée en quatre pièces est prospectée avec autant de techniques de dessin différentes ; de même pour ces compositions tourmentées dans lesquelles les circonvolutions organiques, faites de particules qui s’agglomèrent, qui se déroulent et s’enroulent, se confrontent à des jeux perspectivistes rappelant les prisons de Piranèse.

Au niveau des thématiques ensuite, puisque l’artiste donne l’impression de questionner les limites du pensable, comme le suggère la diversité des motifs et des références. Les portraits hyperréalistes avoisinent des insectes hostiles, les mains qui se contractent, exhortant les moindres replis de la chair, évoquent les études de drapés de la Renaissance. Ailleurs, des fictions cyniques et incisives s’apparentent aux bandes dessinées de Robert Crumb. De là, dans la confrontation des styles et des mobiles, un certain chaos naît, à l’image de ces figures décharnées et grimaçantes, ou de ce personnage qui littéralement, s’ouvre le cerveau.

L’artiste parvient ainsi à amalgamer les frontières du dessin à celles de la raison humaine. C’est alors ce que l’esprit recèle parfois de sordide qui est dépeint à travers ces corps qui s’agglomèrent et se catapultent, ces visages qui s’éviscèrent, s’agrippent et se déchirent. On retient sans doute ces confrontations perpétuelles entre d’un côté, l’innocence présumée de l’enfance, et de l’autre, les zones d’ombre qui ne sont pas celles de l’adulte, mais de celui qui a lâché prise sur une réalité morale. L’inceste, la sexualité infantile, le nazisme ou le meurtre ne sont pas que des possibles décadents, enfouis dans la psyché humaine ; ils décrivent des facettes bien réelles de notre actualité. À nouveau, tel un ruban de Moebius, les rôles s’inversent et se mélangent car, dans le fond, la fiction est bien moins effrayante que le monde qui nous entoure.

Julien Verhaeghe

Jeux d'enfants

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1. Les fruits de McCarthy #2, 2013, mine de plomb et fusain sur papier, 24 x 32 cm, courtesy galerie Eva Hober Paris
2. Jeu d’enfants #1, 2010, mine de plomb sur papier, 160 x 160, collection privée, France
3. Vue de l’exposition. Photo : Marc Domage.

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