CARNETS DE KARACHI : GUDDU, LA MEMOIRE DU CINEMA PAKISTANAIS

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Correspondance à Karachi.
CARNETS DE KARACHI : GUDDU, LA MEMOIRE DU CINEMA PAKISTANAIS

Karachi ancienne capitale du Pakistan abrite l’une des trois alliance française du pays. Dans chaque alliance on retrouve un certain nombre de Français qui dirigent, encadrent et enseignent au sein de l’institution. Les activités culturelles proposées sont variées du cinéma à la peinture en passant par des cycles de conférences, des concerts…, il s’agit avant tout de présenter et de représenter la France mais aussi de favoriser et de multiplier les échanges entre les deux communautés française et locale, pakistanaise en l’occurrence. Malgré la taille de la ville (plus de 20 millions d’habitants) l’alliance française de Karachi est une petite structure et de fait chaque membre de l’équipe peut s’investir à la fois dans le culturel et dans le linguistique. C’est dans ce cadre, en accompagnant le responsable culturel, que l’opportunité m’a été donnée de rencontrer un personnage d’exception dont je souhaiterais parler ici.

Guddu est un homme d’une quarantaine d’années qui habite au sommet d’un petit immeuble dans un quartier en cours de reconstruction. Il travaille comme homme à tout faire pour une famille qui l’emploie depuis un certain temps. Cette activité alimentaire lui permet tant bien que mal de s’adonner à sa passion, le cinéma pakistanais. En effet Guddu est un collectionneur doublé d’un archiviste.

Ce jour-là Guddu portait une chemise à motifs géométriques colorés et un jean dont la coupe semblait tout droit sorties des années 80, son lieu de vie, son style et cette collection à découvrir ne pouvaient laisser indifférent. Tout semblait hors du temps et coupé de la réalité environnante.

Son enthousiasme, par contre était bien réel et il a déballé sans difficultés certaines de ses pièces.
Installé dans, ce que je pense être, une sorte de débarras construit sur le toit plat de l’immeuble, il cohabite avec sa collection. Il dispose de deux pièces. Une pièce à vivre et une chambre à coucher. Les deux pièces sont quasiment vides de mobilier à l’exclusion d’étagères sur lesquelles sont amassés les objets de la collection, K7s, vidéos, magazines, photos…

Dans la pièce à vivre on trouve un ordinateur, un scanner, magnétophone, tourne disques et magnétoscope utiles au visionnage et à l’archivage. Photos, et cartes postales sont en effet scannées et estampillées, un travail de titan dont j’ignore l’étendue.

L’objectif de notre visite était de prendre connaissance de la collection de Guddu. Quelques semaines plus tôt lors d’un festival de courts-métrages un film avait été projeté dans lequel Guddu parlait de sa collection et de ses préoccupations quant à l’avenir de celle-ci.

Guddu a commencé sa collection à l’âge de 9 ans un de ces camarades de classe d’alors dont le père était acteur ou réalisateur ayant suscité son intérêt pour le cinéma. Originaire de Lahore il est venu à Karachi en train accompagné de sa collection : affiches, photos, cartes postales, diapositives, magazines et que sais-je encore. L’ensemble est d’importance et ne saurait être évalué en une seule visite.

Cette collection, et nous n’en avons vu qu’une partie, est une fenêtre sur un passé qui a été gommé par des années de dictature. Les affiches, notamment, délivrent des informations sur les mœurs de l’époque. Sur la majorité d’entre elles, des femmes dans des tenues colorées, adoptant des poses sensuelles et assumant pleinement leur féminité. Des images de la femme bien loin de la représentation de celle-ci véhiculées par la société pakistanaise d’aujourd’hui. Souvent érigée en héroïne, et utilisée comme objet d’attraction vers les salles, elle permettait de montrer à un large public des films dans lesquels des questions épineuses étaient posées. Les films pouvaient être patriotiques mais ils pouvaient également aborder des problèmes de société et mettre en avant certaines minorités.

La jeunesse d’aujourd’hui se plaît à regarder les films bollywood et ignore probablement l’existence de ce cinéma pakistanais disparu avant sa naissance. Films et objets en tous genres, contenus dans cet espace exigu seraient certainement aussi pertinents à utiliser que n’importe quel livre d’histoire pour qui veut en savoir plus sur l’évolution du pays.

L’ensemble est cependant stocké tant bien que mal sur des étagères sous le lit ou encore dans l’un des murs qui a été creusé à cet effet. Tout est empilé avec soin et protégé des insectes et de l’humidité par des feuilles de margousiers changées régulièrement. Mais même si cette méthode a fait ses preuves il n’en reste pas moins que les conditions de conservation de cette collection, qui ferait pâlir d’envie un bon nombre de cinéphiles, sont plus que précaires. Et ceci sans parler des conditions de vie du collectionneur.

Sarah Sandragné,
à Karachi

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Visuels : Chez Guddu, photos Sarah Sandragné

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