TARYN SIMON, « VUES ARRIERE, NEBULEUSE STELLAIRE, LE BUREAU DE PROPAGANDE EXTERIEURE », JEU DE PAUME

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Taryn Simon / Jeu de Paume, Paris / jusqu’au 17 mai / Le Point du jour, Cherbourg-Octeville / jusqu’au 31 mai 2015.

Le jeu de Paume à Paris réunit pour la première fois en France les séries photographiques les plus emblématiques de Taryn Simon, où se croisent et s’alimentent l’écriture de récits et la production d’images. Et à Cherbourg, le Point du Jour prolonge cette exposition monographique avec d’autres développements de son oeuvre de 2011, A Living Man Declared Dead and Other Chapters I – XVIII, également exposée au Jeu de Paume. L’artiste délivre dans cette série à la manière d’une parataxe différentes lignées ou portraits généalogiques de familles de par le monde.

Cette série est sans doute la plus complexe de Taryn Simon. Elle interroge au prisme de ses choix arbitraires et du hasard de sa recherche, à la fois le cycle de la vie et de l’Histoire, comme « une machine » à produire toujours d’autres drames, et à la fois « les liens du sang » qui posent la question de la contingence, justement. Cette série opère toujours suivant le même principe, avec trois cadres, celui, photographique de la généalogie, celui du commentaire et du récit, et celui des traces qui subsistent. Ces familles sont photographiées toujours avec la même distance, la même lumière, de la manière la plus ordinaire, naturaliste ou réaliste possible, qu’il s’agisse de la filiation de cet homme vivant déclaré mort dans les registres en Inde, des survivants du génocide en Bosnie, ou de la famille de la première terroriste femme palestinienne. Elles posent pour la plupart la question de la justice sociale et des droits de l’homme.

Et, déjà, dans la toute première série de 2002, Les Innocents, Taryn Simon alors photo-journaliste pour le New York Time Magazine part à la rencontre de personnes emprisonnées à tort aux Etats-Unis pour des meurtres qu’ils n’ont jamais commis identifiés à l’aide de portraits robots. Pour ce projet, chacun d’entre eux pose dans les lieux du crimes où il n’avait jamais été auparavant. Le format de ces portraits en pied à taille humaine peuvent produire une forme d’étrangeté due sans doute à leur éclairage très travaillé et quasi-cinématographique. A la manière d’un article de presse, le commentaire révèle et donne en même temps la preuve. Ces portraits se répondent quant à l’imaginaire traumatique de ces anciens détenus et leur récit. De la même manière, à travers l’esthétique réaliste de A Living Man Declared Dead, une polyphonie de voix multiples s’élève au quatre coin du monde.

Pourtant, entre 2002 et 2011, Taryn Simon expérimente davantage le principe de la classification que de la série. L’artiste se lance alors avec sarcasme dans An American Index of the Hidden and Unfamiliar en 2007, une série qui montre certains aspects, la plupart du temps comiques ou absurdes, des marges de la culture américaine, telles ces boites dans lesquels sont givrés des morts dans le but de les conserver pour plusieurs années, ou encore ce chirurgien qui rajeunit les vagins pour quelques milliers de dollars. Plus tard, en 2009 avec Contraband, Taryn Simon interroge toujours avec le même sarcasme la classification même de ce qui est prohibé aux Etats-Unis en passant 5 jours sans dormir à photographier ce que la douane confisque aux passagers à l’aéroport de New York, souvent des plantes sub-tropicales, ou accessoires de contrefaçon, comme si les Etats-Unis aujourd’hui pouvait être cette même proie que lors de la conquête de l’Amérique.

Plus récemment elle s’est interrogée sur le principe même de la classification, notamment algorithmique sur Internet, avec le moteur de recherche d’Image Atlas, réalisé en 2012 avec Aaron Schwartz, et ce qu’elle considère comme son ancêtre, les archives de la Bibliothèque publique de New York, dans The Picture Collection en 2013.

Taryn Simon enquête ainsi sur la valeur de témoin du photographe et du photographié, le document officiel et le document officieux, le déterminisme, l’expérimentation, la parataxe, la série, la classification, la cohérence, la rupture, la continuité, tendue par les différentes acceptions de cette question : en quel sens peut-on créer de l’archive ?

Juliette Soulez

TSFocus1

1- Taryn Simon, hymenoplasty cosmetic surgery / 2- Taryn Simon / Jeu de Paume, Paris

Comments
One Response to “TARYN SIMON, « VUES ARRIERE, NEBULEUSE STELLAIRE, LE BUREAU DE PROPAGANDE EXTERIEURE », JEU DE PAUME”
  1. culturieuse dit :

    Je ne connaissais pas. Une recherche artistique très intéressante. Merci.

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