UZES DANSE : ENTRETIEN AVEC LILIANE SCHAUS

Liliane_Schaus © Laurent Paillier
Entrevue avec Liliane Schaus, directrice du Centre de Développement Chorégraphique d’Uzès.

Inferno : A mi-parcours, comment se passe cette vingtième édition d’Uzès Danse ?
Liliane Schaus : Très très bien, à part les conditions climatiques. On arrive à y faire face et à trouver des situations de repli, donc tout va bien.

Ce premier week-end présente des spectacles qui, il me semble, tournent tous autour de la thématique féminine, de la méditerranée, de la tribu… Ce sont des sujets qui vous importent ?
Chacun peut avoir sa lecture propre, surtout dans la danse. Et c’est ça que je trouve intéressant, qu’on ait une approche différente. Ce qui m’intéressait dans ces pièces, ce sont des engagements de femmes, la transe, ce rapport avec les gestes un peu ancestraux, les rituels. C’est autour de la femme, de la femme méditerranéenne. Tania Carvalho a chorégraphié Weaving Chaos -a mis en pièce- une communauté. C’est plusieurs corps. Tania est pour moi une chorégraphe qui engage et se sont des engagements de femme dans un monde très masculin. Au Portugal c’est plus réparti je trouve, mais au Liban et au Maroc, c’est quand même très machiste. Après c’est la qualité de l’engagement de ces femmes-là et de mettre ça en perspective, je trouvais ça intéressant.

Et puis, la semaine prochaine, nous aurons la voix des hommes…
Pas que. Dans la pièce de Fabrice Ramalingom, ça parle de la communauté homosexuelle, mais c’est aussi de revendiquer le pouvoir d’être different, de l’assumer, de rigoler des stéréotypes.
Matthieu Hocquemiller travaille sur la sexualité puisqu’il travaille avec des danseurs et des travailleurs du sexe, pas uniquement la sexualité « masculine ». Ce qui l’intéresse c’est d’interroger le corps à ses endroits-là. Il en fait une recherche en tant que chorégraphe mais aussi en tant qu’intellectuel. Cela rejoint aussi l’histoire de la performance dans les années 70 dans les pays du Nord. C’est quelque chose qu’il a envie de réinterroger et l’on voit à quel point ça peut aussi susciter des polémiques, du scandale : ça interroge notre société actuelle. Pourquoi le corps fait à ce point peur alors que c’est quelque chose de naturel ? Dans la pièce de Matthieu, le corps est traité de façon anatomique, technique mais aussi avec beaucoup de distance et d’humour.
La pièce de Fabrice traite la question de l’homosexualité, dans sa globalité car elle questionne aussi l’homosexualité féminine, dont on parle moins couvent.

Vous laissez la place à de grosses distributions. Beaucoup de projets ont 4,6,8 danseurs au plateau, ce qui est rare en dehors des ballets. Cela coute indéniablement plus cher, c’est au vrai choix…
C’est assez paradoxal effectivement. On est dans une période de plus en plus difficile, où la production met de plus en plus de temps et quelque part, ils ont de plus en plus envie de monter des pièces de groupe. Cela correspond à une nécessité : mettre en opposition le fait qu’on est une communauté virtuelle et qu’on a envie de retrouver cette communauté humaine. C’est aussi une communauté politique, engagée, esthétique. C’est un vrai choix de notre part (une pièce de groupe coûte forcement plus cher qu’un duo) parce que ce sont ces pièces-là qui m’intéressent et ces artistes-là que j’avais envie d’inviter avec ces produits-là et ces questionnement-là. Ca veut dire qu’on a moins de pièces que les autres années : on a treize compagnies, alors qu’habituellement il y en a une vingtaine, c’est une façon différente de construire une programmation.

Pouvez-vous nous parler du partenariat engagé avec Laurent Pichaud. Travailler en compagnonnage pendant quatre ans -de 14 à 18-, c’est assez rare !
Là, c’est sur un projet. Ici, on a une sorte de fidélité. On a des artistes associés, d’abord Christophe Haleb, -on n’arrivait pas à se quitter !- on a travaillé ensemble pendant six ans. Laurent Pichaud, c’est quelque part comme un artiste associé. On construit un projet ensemble qui a commencé à La Grand Combe en automne, qui continue sur Uzès et qui va continuer en automne sur une autre commune . L’idée c’est de faire un travail sur le territoire, autour de la mémoire. De la grande guerre, mais qui interroge aussi la mémoire des habitants, comment ils s’approprient leurs ville. Cela rejoint le rituel, quelque part. Les commémorations du 11 Novembre, c’est un rituel : comment fait-il sens et comment lui donne-t-on un nouveau sens, comment le rendre contemporain ?
Dans cette histoire-là, ce qui est intéressant, c’est qu’on invente une autre histoire. Quelque part, ça leur fait peur, mais après, ils veulent qu’on continue. C’est vraiment quelque chose qu’on construit ensemble à chaque fois. Cela permet aussi de toucher des gens qui n’ont jamais vu de danse contemporaine et ça permet de faire rentrer l’art dans des endroits où il n’y a pas forcement de pratique et de créer une sensibilité par rapport à l’art.

Pouvez-vous nous parler des partenariats avec la Fabrique et Théâtre de Nîmes ?
C’est né de l’histoire que j’ai avec l’Allemagne. J’y ai travaillé pendant quatre ans, en dirigeant le Bureau du théâtre et de la danse. J’y ai crée plein de contacts. On a développé un partenariat avec La Fabrique de Potsdam. Il y a là-bas un lieu de résidence et un festival au mois de Mai, entre autres. Il trouvait intéressant de faire une collaboration avec une structure en France, d’inviter chaque année une compagnie allemande et une compagnie française, et de présenter les productions issues de ces résidences. Comme on est en grande complicité avec le theatre de Nîmes et que nous n’avons pas de lieu de résidence, le partenariat à commencé comme cela. Petit à petit, le Théâtre de Nîmes est devenu partenaire. Cela c’est passé comme ça, assez naturellement. C’est un très beau projet, on est sur la même longueur d’onde.

Comment voyez-vous l’avenir ?
On est dans des situations où l’on vit un peu au jour le jour. Comme pour le climat ! On ne sait pas comment ça va fonctionner pour les subventions. On subit de fortes baisses de la part de la région et du département. On ne sait pas comment tout cela va évoluer. Au niveau politique, le regroupement des régions risque d’avoir des incidences.
On ne sait pas, tout est en suspens. C’est le cas pour toutes les structures culturelles. L’idée, c’est d’essayer d’anticiper, d’être une force de propositions. Comme on est une petite structure, on est très réactifs. On a toujours été fragile, on a toujours fait des partenariats et on a toujours travaillé en réseau. On ne peut pas s’en sortir si on ne fait pas ça. On arrivera plus facilement à s’adapter à ces questions-là. On est sur le territoire et ce qui m’intéresse, c’est de continuer à se developper sur le territoire. Ce qui demande beaucoup d’énergie, mais je pense que l’avenir ça va être un peu ça.

Propos recueillis par Bruno Paternot

Liliane_Schaus photo © Laurent Paillier

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