L’EFFET DE TROUPE : LES BALLETS C DE LA B & L’AUTRE THEÂTRE A MONTPELLIER

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Festival Printemps des Comédiens : En avant Marche ! Les Ballets C de la B / A Table, L’Autre Théâtre / Montpellier / Juin 2015.

Les groupes, les troupes, les ensembles sont nombreux dans cette édition du Printemps des Comédiens. La majorité des spectacles présentés cette années comptent plus de dix participants au plateau. Deux des spectacles, A Table de Bélà Czuppon présenté par L’Autre Théâtre et En avant, marche ! de Franck van Laecke, Alain Platel et Steven Prengels présenté par les Ballets C de la B, outre le fait de garnir le plateau d’une trentaine de membres grâce à la participation d’amateurs, s’interrogent similairement sur le cette notion d’ensemble. Que signifie faire groupe, faire troupe, faire monde ?

C’est à travers le prétexte de la nourriture que les comédiens de L’Autre Théâtre mettent au plateau la question de la convivialité, de l’hôte, du rapport social au repas.

Même si la feuille de salle ni le programme ne le précise, cela saute aux yeux que les acteurs de L’Autre théâtre sont handicapés. Ce mutisme sur la question, contradictoire avec le nom de la compagnie qui a contrario met en avant une singularité, trouble -ce qui n’est pas foncièrement mauvais-. Le spectacle réussit assez bien à trouver l’endroit juste entre une représentation forcement archétypale mais sans stéréotype, une vision simplement énoncée mais sans simplicité, un projet accessible aux interprètes sans pour autant ignorer le spectateur. Ces personnalités, ces gueules, ces acteurs aux accents de sacrés monstres (voire de monstres sacrés) sont tout d’un coup projetés dans le monde policé, dans la société de l’invisible, dans les couloirs du conventionnel.

La proposition est entre le clown, le show burlesque, la grande vision mythique, le théâtre d’image. Tout ce qui peut permettre de raconter, quitte à expliquer, sans passer par le mot fonctionne. Plus l’image est simple et plus elle est forte, signifiante. On pense à Fellini, à Del Bono, au Marks Brothers. Il faut dire que Bela Czuppon connaît ses classiques et maîtrise la puissance horlogère comique comme un chef (de cuisine).

Les spectacles de L’Autre théâtre posent malgré tout questions : quel est le but du projet ? S’il est à visée pédagogique ou humaine, si le but est de faire sur-vivre les participants, alors on excuse un mauvais placement, une incapacité à apprendre son texte, un excès de jeu. Si le but du propos est d’envoyer de l’autre côté des projecteurs une image du monde d’aujourd’hui, alors on pourra regretter une certaine inefficacité qui, certes, ne transcendera pas les acteurs, mais éviterait au tableau de laisser apparent quelques traits de crayons mal effacés de ci de là.

Autre plateau, autre propos, mais même appétit : Alain Platel parle lui aussi des petites gens du quotidien. Des grandes souffrances de petites personnes. Et tout autour, tout le monde s’en fout. Forcement, cela crée de l’émotion. Toute la ‘querelle Platel’ se retrouve dans ce « forcement ». les ‘anti’ trouveront qu’on connaît la recette, que Pina est morte et qu’il serait bon d’enterrer ce format de pièce avec elle. Les ‘pro’ diront que l’émotion pure est là, qu’elle vous fout un coup dans la face et que forcement c’est ça le spectacle vivant.

Dans En avant, marche ! Les Ballet C de la B inspectent la forme de l’ensemble de cuivres. C’est un outil magique pour représenter le monde car, de la Peña à la fanfare militaire, cette ensemble hiérarchique donne accès au panel merveilleux de tous les ordonnancement possible de la société, du plus anar au plus strict. A l’intérieur de cet orchestre, comme dans toutes les familles, on croise de grandes figures très reconnaissables : la patriarche brelien, la femme blessée, le fils prodigue, le cousin rebelle (incroyable Niels van Heertum qui n’en fait jamais trop dans le jeu dramatique et sort des attaques et détachés à l’euphonium comme s’il en pleuvait avec une sagacité hors norme). Griet Debacker, que la presse avait encensée dans Gardenia, est ici aussi comme une boule à facette en feu : elle explose d’expressivité, elle donne à voir et à entendre toute la fragilité d’un sexe, elle fait de son personnage de majorette ridicule (comme on en connaît chez Marthaler ou les Deschiens) une madone des temps anciens : elle touche à l’universalité de l’humain.

« Il faut savoir quitter la table » dit le texte. Malgré son titre mobile, En avant, marche ! est un chant du cygne immobile auquel on assiste impuissant. Un chant d’agonisant que personne n’achèvera, si ce n’est le temps lui-même.

Bruno Paternot

Visuel : En avant, Marche !, Alain Platel / Ballet C de la B

Comments
One Response to “L’EFFET DE TROUPE : LES BALLETS C DE LA B & L’AUTRE THEÂTRE A MONTPELLIER”
  1. Fafa Serres dit :

    Petites précisions par rapport au spectacle « A table » par l’Autre Théâtre. La spécificité des acteurs est annoncée sur le programme comme sur la feuille de salle.
    Il serait intéressant que les plus de 900 spectateurs qui ont vu et applaudi le spectacle puissent aussi se prononcer sur leur ressenti.

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