VINCENT THOMASSET, « LETTRES DE NON MOTIVATION », FESTIVAL D’AUTOMNE A PARIS

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« Lettres de non-motivation » : Mise en scène de Vincent Thomasset / d’après le projet de Julien Prévieux / au Centre Pompidou du 30 septembre au 3 octobre 2015 et du 10 au 21 novembre 2015 au Théâtre de la Bastille – Paris, dans le cadre du Festival d’Automne.

Dans le cadre du Festival d’Automne, Vincent Thomasset propose une adaptation théâtrale des Lettres de non motivation du plasticien Julien Prévieux, adressées ironiquement à plusieurs sociétés, en réponse à leurs offres d’emploi. En s’emparant de textes qui n’ont aucune vocation scénique, le metteur en scène confronte l’écriture de l’intime au plateau, l’écrit à la diction, et, au bout du compte, donne du corps à une matière désincarnée : la lecture.

La démarche est inhabituelle, le concept, intelligent. La scène structurée en trois espaces par le son et la lumière est un lieu de lecture globale. Sur un écran situé au centre du plateau, sont successivement projetées des offres d’emploi. Cinq acteurs, aux looks improbables, lisent tour à tour leurs lettres en réplique, légèrement contraints par l’exercice, s’efforçant de rentrer dans le moule. Puis, au fil de la représentation, les comédiens, s’amusent à mimer et tordre le langage. Ils inoculent aux textes une voix, une présence, une texture, bref, une subjectivité, tandis qu’à nouveau, tombe comme un couperet, la réponse formatée et impersonnelle de l’employeur.

Lettres de non motivation défend les aspérités de la langue, contrarie le formatage, exhausse les bizarreries. Le décalage langagier inaugure la résistance d’un individu face à une, ou plus généralement, à la société dont la violence opère toujours selon la même logique : le refus poli, le langage glacé. Ainsi, Vincent Thomasset démonte les mécanismes de la société du spectacle et met à nu les ressorts du théâtre. Les acteurs sont finalement comme les chômeurs : ils endossent des rôles, se mettent en scène pour plaire à l’auditoire et portent des masques qui, dans un même mouvement, les cachent et les distinguent.

Pourtant, l’exercice manque de style. La structure ternaire (scolaire) – « offre, lettre, refus » – qui rythme la pièce devient, à la longue, lassante et tire la représentation vers un comique de répétition. Pire encore, la mise en scène, qui établit une connivence entre les acteurs et les spectateurs autour de l’expérience partagée du marché de l’emploi, perd de son éclatante artificialité, sous le poids du réel. Car, mettre en scène ce n’est pas seulement interroger le théâtre mais confronter le texte à l’intensité du plateau, à ses luttes, à ses écueils.

Comme dans le domaine de la littérature, il faut qu’il y ait « un équivalent de ce qu’est pour le torero la corne acérée du taureau, qui seule – en raison de la menace matérielle qu’elle recèle – confère une réalité humaine à son art, l’empêche d’être autre chose que grâces vaines de ballerine[1] ». Or ici, la mise en abyme du théâtre ne frôle justement pas assez le danger.

Lou Villand

[1] « De la Littérature considérée comme une tauromachie », préface de L’Age d’homme, Michel Leiris

En tournée : du 1er et 2 mars 2016 : Carré – Saint-Médard-en-Jalles / 23 et 24 mars 2016 : Phénix – Valenciennes / du 12 au 15 avril 2016 : Théâtre Garonne – Toulouse / du 28 et 29 avril 2016 : Passerelle – Saint-Brieuc.

Photo V. Pontet

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