« PAYSAGE INTERIEUR BRUT (PIB) », SLOOP 2 GENEVE

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Genève, correspondance.
SLOOP 2 : PAYSAGE INTERIEUR BRUT (PIB) de Marie Dilasser, mis en scène Barbara Schlittler / Au Théâtre Poche, Genève, du 7 décembre 2015 au 7 février 2016.

L’auteure
Après une licence d’art du spectacle à Rennes et un passage en atelier d’écriture à Lyon, Marie Dilasser est partie s’installer en Centre Bretagne pour y élever des truies. Actuellement, elle écrit au dessus du café-bar-épicerie communal de Saint-Gelven qu’elle gère et où on peut aller tailler une bavette avec elle. Parmi ses publications : Décomposition d’un déjeuner anglais (Les solitaires intempestifs, 2005), Crash-test (L’Act Mem, 2008). Écho-système (2009) grâce à une bourse d’écriture du Centre National du Livre, pièce mise en lecture par la Comédie Française en 2011.

La metteure en scène
Barbara Schlittler a été danseuse puis chorégraphe contemporaine. Installée à Genève à la fin des années 90, elle se tourne de manière radicale vers la mise en scène et entreprend un master en la matière. En 2014 elle présente sa pièce de fin d’étude Premier séjour en Laponie à Vidy. En 2015, elle vit à la campagne en France et crée une pièce avec des jeunes interrogeant la vie en milieu rural. Actuellement en résidence au Théâtre Am Stram Gram de Genève et en collaboration avec l’Arsenic à Lausanne.

PAYSAGE INTERIEUR BRUT
C’est le portrait de Bernadette qui a perdu son emploi et aussi un peu la tête suite à une tentative de suicide au Lexomil après des années d’harcèlements de la part de son patron. Bernadette vit à la ferme avec son époux Joël, ses enfants, sa mère, et son chien, Rumex. Ils élèvent des charolais, de gros bœufs blancs comme des fantômes, une irréalité qui ne s’évanouit qu’au moment du passage au laboratoire de transformation où la blancheur devient alors muscles, sang, tendons et ligaments. Les voisins passent, le boucher passe. Seule dans sa cuisine, Bernadette voit tout, elle semble même s’occuper de tout, de manière un peu décousue. C’est un peu normal parce que Bernadette se disperse, elle est multiple : parfois son chien, son époux, ses enfants, il n’y a plus de frontières entre elle et les autres.

Paysage Intérieur Brut est un monologue sensoriel. Les mots ont l’air d’habiter ou émaner du corps de Bernadette, être tout ses sens à la fois : visuels, olfactifs, proprioceptifs… Sentir des arbres pousser et danser sous la peau, s’évaporer par la fenêtre de la voiture en roulant sur les routes nationales et se dissoudre au dessus des plaines, ou bien, en tant que Rumex, humer l’odeur du sexe entre les jambes des humains et celle du sang sur le tablier du boucher, véritables extases canines … Ecriture à la fois onirique et concrète, engagée et pleine d’humour.

Rien que le titre ironique, PIB, pour une commande dont le titre était Portraits avec Paysages. Le PIB dont on nous parle ici est celui de quelqu’un qui a préféré mourir que quitter son emploi. Le patron de Bernadette, caricature capitaliste qui prend la forme d’un gros veau blanc dont le cul a la vertu de transformer en richesse tout ce qui y rentre : passage hilarant où les enfants enfilent tous ce qu’ils peuvent dans l’orifice anal de l’animal pour élever leur niveau de vie. Bernadette finit même par y entrer elle-même pour améliorer sa mine, voire plus…

Dans le même décor en spirale et corridor qui sert aux quatre pièces de SLOOP 2, avec une table ronde et une chaise pour tout mobilier, Michèle Gürtner incarne Bernadette avec subtilité : qu’elle gronde au passage du boucher, respire la satisfaction de Joël concernant son cheptel, ou lâche sa colère, rien d’excessif, ce n’est pas qu’elle soit retenue, elle est juste, naturelle. Dès le début de la pièce, les trois autres comédiennes sont présentes, sur le côté de la scène, en dehors de l’univers de Bernadette comme ces strips de BD en bas de page qui accompagnent et commentent (mais pas toujours) le fil de histoire principale. Ces personnages ajoutés au monologue par la metteuse en scène improvisent chaque soir les « vous » auxquels s’adresse Bernadette « Vous », « les autres »… Derrière le rideau, elles se cherchent des poux, s’envoient des piques, interactions drôles et mesquines de la vie en communauté qui soulignent le mur séparant Bernadette d’un quotidien ordinaire.

Ildiko Dao,
Correspondante à Genève

Photo Samuel Rubio

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