« THE UNDERTAKING », STEVE COSSON, THEÂTRE DE LA VILLE

the-civilians

The undertaking – Texte & mise en scène : Steve Cosson – The civilians investigative theater
– Théâtre de la Ville (Abbesses) – Du 5 au 8 octobre 2016.

L’affiche était alléchante. Une troupe new-yorkaise connue pour ses engagements et son esprit de recherche allait se frotter au sujet des sujets : notre rapport à la mort et au néant. En y assistant on ne pourrait que constater l’impossibilité philosophique de s’en approcher ou de la dominer, et nous fleurterions avec nos propres abîmes…

Impossible à traiter donc ? C’est ce que semble nous dire le metteur en scène en choisissant de nous représenter ses propres hésitations face au sujet. Avec sa partenaire, représentée comme une amie et collaboratrice de confiance, il nous donne à voir son parcours sous la forme d’une dialogue socratique.

Puis le dialogue philosophique devient psychologique et sa jeune partenaire entamera avec lui une psychanalyse jungienne. Enfin le dialogue se fera artistique, seule manière semble-t-il de transmettre les tenants et les aboutissants du sujet au public. En se saisissant du film Orphée de Cocteau, la partenaire entamera sa dernière mue et se fera psychopompe pour aider le metteur en scène à franchir les limites de son angoisse. Ce faisant elle l’amènera en effet à un – relatif – apaisement.

Le metteur en scène et sa collaboratrice évoluent dans un décor blanc, aseptisé, qui peut faire penser un loft, mais qui rappelle immanquablement une chambre d’hôpital. Ce décor aidera à faire glisser le sujet depuis l’angoisse de la mort jusqu’à l’autre angoisse, celle de notre dégradation physique et mentale, et la peur de la souffrance qui l’accompagne. En effet – et c’est plutôt intelligemment amené – la mort n’est peut être pas le problème principal, attendu qu’elle restera un mystère pour nous, quoiqu’il arrive, et qu’il est probable qu’il n’y a rien au-delà. Même si l’angoisse de mort rejoint de véritables questionnements (« ne plus exister, ne plus être là, c’est cela qui m’est insupportable »), le sujet rejoint plutôt l’angoisse de la souffrance qui saisit le metteur en scène au souvenir des difficultés auxquelles a été confrontée sa propre mère.

Comment s’évader, comment sublimer cette angoisse ? L’espace blanc sera un allié sûr, qui permettra toutes les projections, qu’elles soient mentales ou cinématographiques et assurera le traitement – artistique et psychologique – du sujet. Tout au long du spectacle se feront entendre des paroles de témoins, portées par le metteur en scène et sa collaboratrice ou simplement données à entendre sous leur forme enregistrée. Car c’est aussi l’un des objectifs de la compagnie « The Civilians » : faire un travail d’investigation et le porter à la scène ; mêler intime de l’artiste à un questionnement plus sociétal. Le résultat de ce travail sera un apaisement amené par une conscience plus aigüe et sensible du présent ; un « être-là » qui relèguera l’angoisse aux moments où elle doit réellement être prise en compte.

L’ambition est belle mais dans le spectacle « the undertaking », elle ne décolle jamais de la forme dialoguée et donne l’impression de rester focalisée sur les questionnements personnels du metteur en scène. Un peu gênant quand on connaît l’ampleur du sujet et surtout son universalité. La soirée est plaisante car bien jouée et intelligemment mise en scène, mais cela ne suffit pas à nous faire ressentir les vertiges de l’abîme.

Willie Boy

Le site de la compagnie « The Civilians » : http://www.thecivilians.org

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