COLLECTION LAMBERT : 4 EXPOSITIONS POUR FÊTER AVIGNON

Collection Lambert Avignon : ON AIME L’ART, OEUVRES DE LA COLLECTION agnès b. / ANSELM KIEFER, LA VIE SECRÈTE DES PLANTES / LEILA ALAOUI, JE TE PARDONNE / KEITH HARING

Une sorte de caverne d’Ali Baba.

A peine annoncées, ces expositions à la Collection Lambert suscitaient déjà l’intérêt tant l’association de noms aussi bien de collectionneuses comme agnès b ou d’artistes comme Anselm Kiefer ou Keith Haring ne pouvaient que nous mettre en ébullition et le résultat est à la hauteur de l’attente…

Eric Mézil et toute son équipe ont réussi à organiser un panorama à la fois total et pédagogique de la création contemporaine allant des années 30 – avec des photos de Braassaï et Krull – à des œuvres d’artistes plus proches de nous comme la magnifique exposition des photographies de Leila Alaoui « Je te pardonne » qui ouvre le parcours de cette exposition en épisodes qui durera jusqu’à la fin de cet automne.

Emouvantes photos d’autant que les portraits géants de ces femmes et ces hommes en costumes traditionnels titillent l’imaginaire à travers des couleurs, des coiffes et des bijoux tout à fait somptueux. Suivent une série assez connue de l’artiste comme celle où l’on voit un enfant de dos, regardant la mer, avec un T Shirt où il y a marqué France… tout un symbole. Avant de passer dans la section issue de la collection d’agnès b, il faut prendre le temps de regarder la vidéo de « Crossing » réalisée par Leila Alaoui… un petit bijou.

Précédée par une calligraphie mondialement connue, le plus gros de cette nouvelle exposition est tiré de la collection d’agnès b qui annonce la couleur et la diversité des choix de la styliste française…

Eric Mezil a puisé dans ce patrimoine des œuvres de Cheri Samba, Seidou Kaïta ou Malik Sidibé qui irradient la grande galerie de l’Hôtel de Caumont et font le lien avec le thème du festival d’Avignon, celui d’une Afrique, debout, engagée, lucide, active pour sa propre émergence.

Dans la continuité de l’exposition, Eric Mézil a créé autant de chapitres qu’en demandent les 400 œuvres ici exposées de la collection d’agnès b. Il n’a pas hésité à en surajouter, créant des sous-sections, ouvrant autant de portes pour montrer le choix très personnel d’agnès b qui avec ce principe prennent toute leur ampleur.

On croise donc une vidéo de Douglas Gordon de 1995. On voit des peintures de Nicolas Dieterlé comme ce magnifique dessin, ou encore quelques toiles de la série « Les mangeurs » de Claire Tabouret, sublimes. Dans les escaliers où l’on aimait tant voir l’installation de Christian Boltanski sont accrochés des Bansky, des Cameron Jamie ou des œuvres de Daniel Johnston. L’intelligence d’agnès b est de ne pas cantonner ses acquisitions dans le seul domaine de l’art contemporain et l’on est content de revoir de si près des photos de Brassaï. Si des peintres comme Raymond Hains et ses « Palissades » occupent une place importante dans la partie « Les murs parlent », la section « … et la peinture » permet de revoir des œuvres de Simon Hantaï comme cette série de « Tabula », ou encore un ou deux Calder qui rappellent sans cesse la fragilité de l’humanité.

On est fasciné par la série de Roman Signer de la fin des années 70. On l’est aussi par ces « Magiciens » qui ornent cette partie du Musée avec Mona Hatoum ou Kill Karwa… agnès b est engagée et cela surprend à peine de voir dans sa collection des œuvres de Raymond Hains… Elle a aussi « ses modernes » sans doute pour faire le pendant des anciens qui sont parsemés ici et là… Donald Judd, Robert Wilson ont une place de choix dans le dispositif qui se traverse comme dans une forêt enchantée… Les « visions cosmiques » où s’accrochent les oeuvres de Hugues Reip ne sauraient réveiller « les anges de leur sommeil », là où le commissaire a placé des œuvres de Pierre Klossowski du début des années 80 qu’il ne faut pas rater…

Mais l’exposition dans le Musée Lambert prend tout son sens avec l’exposition au sous-sol puisque tous les deux ont soutenu au delà du concevable Jean-Michel Basquiat dont on voit des toiles rarement exposées. Il y a évidemment Robert Mapplethorpe, Andy Wahrol, Patty Smith qui sont les chouchoux de l’une et de l’autre… La série de photos de Pierre Molinier dans la section « b your self » sont très émouvantes, la quantité ici exposée confirme la force et l’étrangeté du personnage… Elles ont aussi toute leur place avec les œuvres de Brassaï, Krull et Arbus qui sont apposées à coté des photos de Nan Goldin, avec une série des années 1991 tout à fait étonnantes. Agnès aime les arts, c’est sur… elle aime donc le cinéma, et là aussi, il y a de quoi faire avec des films de Denis Hooper… l’exposition se termine par une photo de Mick Jagger sur une moto, vrombissante… qui vient clore une épopée incroyable…

Vous pensiez que cela s’arrêterait là, qu’une fois le trésor d’Agnès exposé pour pourriez vous prélasser dans la cour du Musée où dans sa très belle librairie… Et bien non ! Dans le cadre du 40ème anniversaire du Centre Pompidou de Paris, la Collection Lambert expose des œuvres d’Anselm Kiefer qui nous compte « la vie secrète des plantes» autour desquelles, comme si cela ne suffisait pas à notre bonheur, on trouve des pièces de Joseph Beuys, Lothar Baumgarten qui sont majestueuses et cohérentes dans cet espace et avec l’exposition qui précède… Passez le temps qu’il faut dans la salle magique et lumineuse où les commissaires ont exposé « Branchages », un ensemble de toiles cosmiques avec des traces de constellations où des branches sont reliées par du fil de fer peint… un mirage nous est offert.

Et puisque c’est l’année des choses en grand, au dernier étage, dans la nouvelle partie du Musée héritée de l’ancienne Ecole d’Art d’Avignon, on peut admirer dans un espace complétement dépouillé, pur et sans accident pour l’œil, les œuvres de Keith Harring qui sont tout à fait éclatantes dans cette salle en L d’un seul tenant.

Ce qui est le plus touchant en sortant de cette immense collection à cœur ouvert c’est d’avoir pu contempler autant d’œuvres si peu exposées comme celles de la collection d’agnès b qui confirme toute l’admiration qu’on doit lui porter. Un ensemble d’œuvres visibles dans une ville de moins de 100 000 habitants qui viennent compléter toutes celles qu’on peut voir au Petit Palais, au Palais des Papes, au Musée Angladon, au Musée Vouland comme au Musée Calvet… Une ville-galerie immense qui apporte aux visiteurs toute la lumière qu’il faut pour apprécier l’art dans toute sa diversité. Chapeau bas Avignon…

Emmanuel Serafini

Visuel : Anselm Kiefer, « La vie secrète des plantes – copyright the artist / Centre Pompidou

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