« LA DESPEDIDA », MAPA TEATRO : GOODBYE LES FARC, VIVA LA VIDA !

« La Despedida » du Mapa Teatro, au Carré-Saint Médard les 24 et 25 octobre dans le cadre du FAB Bordeaux, et au Théâtre de la Ville / Les Abbesses du 13 au 18 novembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris –  » Un Hueco en la Ciudad  » de la Cie Dérézo, à Bordeaux le 25 octobre.

« La Despedida », Mapa Teatro : Goodbye les FARC, Viva la vida !

Le festival des Arts de Bordeaux conclut sa deuxième édition par un focus latino dédié à la Colombie, manifestations artistiques qui s’inscrivent dans le cadre très officiel de l’année France-Colombie. Pour autant, on ne peut taxer le Mapa Teatro d’allégeance à quelque pouvoir qui soit, tant son Adn est à rechercher du côté d’un laboratoire transdisciplinaire qui, à la croisée du mythe, de l’Histoire et de l’actualité brûlante, propose des objets artistiques à nul autre pareils. Entre installation plastique poétique et évocation délibérément politique des grandes figures des révolutions communistes, « La Despedida », s’inspirant librement de la reconversion des camps des ex-révolutionnaires marxistes en musées ouverts aux journalistes, propose une immersion dans un camp abandonné par les Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes transformé par ses soins en vitrines artistiques aux reflets hypnotiques.

D’emblée, une vidéo d’époque tournée en Colombie introduit aux combats ayant opposé la guérilla des FARC à l’armée gouvernementale dans la zone d’autodéfense située autour de Rio Chiquito. La violence générée par ces guerres civiles, qui pendant plus d’un demi-siècle et jusqu’à l’an dernier ont déchiré ce pays d’Amérique latine, s’invite sur le plateau par le biais du documentaire projeté. Ainsi au rythme des images, revit l’Histoire… Depuis 1964, date de départ du conflit armé responsable de plusieurs millions de victimes réparties dans les deux camps, sur fond de récupération des terres dont les grands propriétaires les spoliaient, les paysans en révolte se sont regroupés sous la bannière du marxisme pour prendre les armes au sein d’organisations paramilitaires.

Dans une installation plastique composée de trois sortes d’aquariums géants transformant en musée vivant à caractère didactique un camp désaffecté, les acteurs du Mapa Teatro vont rejouer in situ les scènes de guérilla. Ces lieux qui ont été le théâtre d’une guerre autant réelle que mythique – c’est notamment dans l’un de ces camps dissimulé dans la forêt amazonienne qu’Ingrid Betancourt fut retenue en otage six années durant – deviennent théâtre d’un passé recomposé où les épisodes crépitent au rythme impulsé par la musique et les chants latinos. Entre réalité exhumée et fiction reconstruite, le spectateur revit de manière « spectaculaire » ce conflit extrait des heures tourmentées de ce pays légendaire d’Amérique latine.

De leur vitrine où elles ont été reléguées, tournant le dos aux événements dont elles ont été les grandes inspiratrices, les icônes du marxisme représentées pêle-mêle par les têtes statufiées de Lénine, Bolivar, Che Guevara, Chavez, Mao, Marx et autres mentors du socialisme révolutionnaire, battent les cartes d’un jeu qui désormais leur échappe. Réduites à l’inertie, les figures tutélaires sont contraintes au silence : le rêve révolutionnaire qu’elles incarnaient se termine avec la capitulation entérinée par le traité de paix signé entre les anciens FARC désarmés et le gouvernement.

La beauté plastique de l’installation artistique éclairée par des couleurs luxuriantes et le rythme sans faille d’une dramaturgie qui fait la part belle aux musiques latino et aux chants, rendent sensible la plongée dans cette histoire contée de la violence colombienne ; « a history of violence » trouée par le réel faisant irruption sous forme d’images d’archives projetées. Elle se terminera en musique et chants de paix qui s’élèveront pour célébrer la nouvelle concorde, tentant – autant qu’il est possible – de recouvrir les accents guerriers qui résonnent encore dans nos têtes.

« Un Hueco en la Ciudad », un trou dans la ville, de la Cie Dérézo, complète ce focus consacré à la célébration de l’année France-Colombie. Là, une troupe réunissant de jeunes acteurs français et colombiens improvise – à partir d’un texte écrit – des scènes de rue qui se connectent avec le flux de la vie réelle. Casques aux oreilles, les spectateurs entendent « la réalité augmentée » de ces scènes de la vie quotidienne recomposée sous leurs yeux. Bulles poétiques qui trouent les paysages urbains (places petites ou grandes, hall de gare…) en les donnant à voir sous un autre aspect. La ville enchantée devient nôtre en se faisant l’écho de fantasmagories partagées.

Yves Kafka

La Despedida photo Santiago Sepulveda

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN