INTERVIEW : ORLAN, AUTOUR DE SON EXPOSITION A ROME

Rome, correspondance.
Interview d’ORLAN par Raja El Fani :

Inferno : Au Studio Miscetti hier vous disiez qu’il y aurait beaucoup de choses à dire sur votre performance « Le Baiser de l’Artiste ».
ORLAN : Oui, je peux noter ma vie avant et après cette performance parce que j’ai été immédiatement renvoyée de l’école dans laquelle j’enseignais. Donc tout de suite après, ma vie a été une galère mais avec quand même un happy end puisque cette pièce a été achetée, qu’elle est entrée dans une collection en France et qu’elle figure partout dans tous les manuels d’histoire de l’art.

C’est cette performance qui vous a lancée ?
Lancée je ne sais pas puisque j’avais fait d’autres choses avant, mais en tout cas c’est ce qui a détruit ma vie à un moment donné puis a fait que ma vie ait finalement un déroulement très heureux.

Comment vous est venue l’idée de cette performance ?
Ce qu’il faut savoir c’est que cette pièce a été faite à partir d’un texte que j’ai écrit, qui s’appelle Face à une société de mères et de marchands, et qui commençait par cette phrase : « Au pied de la croix, deux femmes Marie et Marie-Madeleine », deux stéréotypes auxquels il est difficile d’échapper quand on est femme. Sur le piédestal de la pièce il y a une photo en noir et blanc de moi habillée en Madonne collée sur bois et détourée et dans laquelle on pouvait mettre cinq francs et allumer un cierge, et moi je porte la photo de mon propre buste nu [en taille réelle]. Et pour cinq francs aussi je donnais un vrai baiser, un French kiss.

Est-ce qu’on peut dire que la performance que vous avez faite hier au Studio Miscetti est une réédition du «Baiser de l’Artiste» ?
Non c’est autre chose. Dans la vidéo que vous voyez ici et qui a cette qualité disons muséographique (c’est une de mes premières vidéos à une époque on ne savait pas faire des incrustes) on peut voir le masque que j’ai utilisé hier, qui est une photo de mon sexe. Cette année j’ai utilisé ce masque dans toutes mes expositions parce qu’on est dans une période où tout se referme et où tout risque la censure et je veux voir si aujourd’hui on peut encore montrer un sexe ou si c’est plus permis.

Donc le baiser pour vous est un geste strictement lié au sexe pas à l’amour ?
Je ne sais pas si le baiser est un geste d’amour.

Une convention ?
Oui, mais là c’est un sexe, et un sexe qui se montre, qui ne se cache pas mais en même temps est montré comme un masque.

Après le Baiser, vous faites une autre série d’actions, qu’aujourd’hui on pourrait qualifier de flash mob, où vous utilisez votre corps comme unité de mesure pour mesurer des églises, des musées et des places publiques comme la Place Saint-Pierre au Vatican. Combien d’Orlan mesure la Place Saint-Pierre ?
Je ne m’en souviens plus, vous le trouverez dans mes archives ou sur mon site [orlan.eu]. Mais vous savez qu’on a essayé de m’empêcher de le faire, les gardes sont venus, je leur ai dit que j’avais fait un vœu alors ils m’ont laissée continuer.

Les fameux Gardes Suisses ? Quels beaux clichés ça aurait pu donner.
Oui mais vous savez à l’époque on avait pas tous ces appareils, on n’appelait pas les journalistes, on faisait les choses pour les faire, on était des machines désirantes, mais il y a quand même trois photos de cette action, les autres étaient trop mauvaises.

La Place Saint-Pierre c’est particulièrement éloquent comme contexte pour cette performance.
C’était surtout très comique, ça m’a beaucoup amusé de le faire.

Il y a quand même un contraste sur la Place Saint-Pierre que vous n’auriez pas obtenu ailleurs.
Oui un contraste entre les grosses colonnes qui sont écrasantes et moi allongée.

A la conférence hier, on vous a demandé quel était votre rapport avec la douleur et vous avez tenu à distinguer votre recherche de celle des autres artistes performeurs qui jouent sur la douleur. Faisiez-vous allusion à Marina Abramovic ?
Oui Marina entre autres, Jan Fabre aussi, tous les artistes qui vont aux limites du corps, physiquement et psychologiquement.

Est-ce que vous contestez cette utilisation du corps ?
Non je ne conteste pas vraiment, je veux dire que ce n’est pas mon scénario, j’ai voulu me différencier de cela. Je pense que les corps ont souffert pendant trop longtemps, je ne crois pas qu’il faille souffrir sur terre pour sa rédemption.

Votre recherche a pris une tournure différente de tous les artistes du Body Art avec vos opérations chirurgicales.
Oui, dans mes opérations, mon premier deal avec les chirurgiens c’est au contraire: surtout pas de douleur.

Propos recueillis par Raja El Fani.

Exposition ORLAN au MACRO, Musée d’Art Contemporain Rome jusqu’au 3 décembre 2017.

1- Orlan et la curatrice de l’expo Alessandra Mammì / 2- vue de l’expo Orlan à Rome (photos R. El Fani)

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