« CLAUDIO ABATE: ARTE POVERA, ROMAN ART SCENE », ALMINE RECH BRUXELLES

Claudio Abate: Arte Povera – Roman art scene – Curated by Natacha Carron – May 24 — July 28, 2018 – Galerie Almine Rech, Brussels

“Claudio a photographié plusieurs de mes œuvres, avec attention et sensibilité, en évaluant l’espace et en cueillant le drame qu’imposaient ces différents moments de bouleversement formel”. 
– Jannis Kounellis

La galerie Almine Rech présente une sélection de photographies témoignant des instants uniques que Claudio Abate a pu immortaliser avec l’émergence du mouvement Arte povera à Rome.

Une période de synchronies électives qui laissaient place à l’instinct, au naturel et à l’éphémère, tant dans les performances vécues que dans ses captations photographiques : depuis Vedova blu de Pino Pascali (1968) à Rovesciare i propri occhi de Giuseppe Penone (1970), et de 120 metri al secondo de Maurizio Mochetti (1971), et l’iconique Cavalli avec Jannis Kounellis en 1969.

Cette exposition souhaite d’une part illustrer la manière dont les images d’Abate sont capables de représenter parfaitement les œuvres d’artistes extraordinaires, et de réaliser des instantanés de performances uniques, mais aussi d’autre part démontrer que chacune de ces images peut également être considérée comme une œuvre d’art à part entière. Plus que simple photographe, il devient le véritable témoin oculaire de révolutions artistiques sans précédent en Europe. Ses déclics, seule et précieuse documentation d’évènements dont nous n’aurions autrement aucune trace sont alors de véritables emblèmes de toute cette époque. 

Dans le sillage de Dada, de nouvelles révolutions artistiques émergent après la seconde guerre mondiale, notamment avec Beuys qui élargit les concepts de sculpture, d’art et de création à tous les domaines de la vie. Tous les hommes sont artistes pour la simple et seule raison que l’œuvre à réaliser c’est le monde. Ni plus, ni moins. Sur le plan artistique spécifique à l’Italie, Lucio Fontana et Piero Manzoni avaient déjà posé, chacun à leur manière, la question de l’élargissement possible du champ d’action artistique. Refusant les maniérismes d’une société vouée à la consommation, l’Arte povera s’inscrit dans l’héritage de Beuys et privilégie l’instinct, le naturel et l’éphémère. C’est à ce groupe qui abolit les frontières traditionnelles entre les différentes formes d’art, musiques, théâtre, et au-delà, entre l’art et la vie, que Claudio Abate s’unit pour une « tabula rasa », à partir de laquelle il va pouvoir agir.

En effet depuis sa rencontre en 1959 avec Carmelo Bene et le Teatro Laboratorio, où le spectacle s’appelle ‘Happening’, il trouve le moyen de synthétiser les scènes en une seule vision. Claudio Abate assiste à Rome à l’émergence du mouvement aux premières loges. La galerie L’Attico programme ‘Spazio degli elementi. Fuoco, Immagine, Acqua, Terra’ (‘Domaine des éléments. feu, image, eau, terres’), où figurent Janis Kounellis, Pino Pascali et Pistoletto. Nul matériau ne semble être banni, on assiste à la mise en place d’une nouvelle poétique de l’espace en tant que lieu d’activation de toutes les énergies, comme c’est le cas pour les œuvres réalisées par Marisa Merz Scarpette. Il convient désormais de sortir de l’objet pour débloquer toutes les expérimentations évènementielles.

Suite à la participation des artistes de l’Arte povera à l’exposition ‘Quand les attitudes deviennent formes’, organisée par Harald Szeeman à Berne en 1969, les artistes romains vont mettre en place une écriture nouvelle sur le principe d’une osmose entre la nature et la culture et bouleverser le monde de l’art : Mario Merz invente son premier igloo Che fare.

Pascali met en espace sa redoutable Vedova blu. Kounellis, dans un geste iconoclaste, installe douze chevaux vivants à la galerie l’Attico. Claudio Abate perçoit immédiatement qu’avec ces installations les artistes vont engendrer un nouveau rapport aux temps, à l’espace basés sur l’expérimentation directe du réel. Le challenge est là, contenir du vivant, de l’humain et de l’énergie vivante à travers ces photographies. Pour ces artistes l’espace, n’est pas à prendre comme une chose en soi, mais comme une réalité qui met en relation des matières et des objets différents, formant un mélange « alchimique » entre trivial et noble.

La performance correspond à une situation temporelle, spatiale et émotionnelle, réalisée à une date précise et dans un lieu déterminé, selon une durée limitée, en présence d’un public restreint ou parfois sans public. Lorsque l’œuvre se confond avec l’expérience « hic et nunc » de son accomplissement surgit la question de sa mémoire. Nombre d’actions ne trouvèrent leur public que par le biais de la photographie, en particulier lorsqu’elle a été éditée. Si les artistes ont réfléchi au pouvoir documentaire des images photographiques, ils ont tout autant mesuré avec Claudio Abate les potentialités plastiques d’un médium qui a assurément conditionné pour partie l’esthétique de leur pratique.

« Il fallait que je résume en une seule image l’ensemble de l’œuvre, car souvent il ne reste qu’une seule reproduction de ce genre de travail, et il faut qu’elle représente complètement l’œuvre et la pensée de l’artiste, il faut que l’artiste lui-même la reconnaisse et l’accepte en tant qu’image définitive de son travail, comme si c’était la sienne ».

Mais son regard transcende la proposition artistique, elle anticipe l’événement dans le temps. Non seulement de ce qu’il restera mais de ce qui est. Il fait surgir une image qui est sa propre invention co-réalisant dans la plupart des cas le travail lui-même. L’usage singulier du noir et blanc chez Abate procure une dimension oculaire unique, inscrit dans l’imagination de la matière. Il Investit le rayonnement énigmatique de l’ombre des objets pénétrés d’une lumière antérieure, celle qui ne s’atteint pas avec les yeux. La lumière de l’ombre est celle qui le caractérise le plus, infiniment plus prégnante que la clarté triviale du jour. La surface et la profondeur de ces photographies ont des accents moirés où s’y chatoie la beauté des icônes byzantines : clair-obscur, discursif-ineffable, fixe-fugitif, nature-illusion, réel-artifice. C’est bien de l’homme qu’il s’agit, l’homme en quête de soi et de sens entre la technique et la métaphysique. 

Natacha Carron

Claudio took photographs of several of my works with thought and tenderness, all the while understanding his surroundings and capturing the drama created by these instances of formal disruption.
– Jannis Kounellis

Almine Rech Gallery presents a selection of photographs bearing witness to the unique moments immortalised by Claudio Abate during the emergence of the Arte Povera movement in Rome.

It was a period when Abate’s chosen synchronies made way for the natural, the ephemeral, and the instinctive, be it in live performances he experienced or in the photographic freeze-frames he captured ranging from « Vedova blu » by Pino Pascali (1968) to « Rovesciare i propri occhi » by Giuseppe Penone (1970), from « 120 metri al secondo » by Maurizio Mochetti (1971) to the iconic « Cavalli » with Jannis Kounellis in 1969.

This exhibition not only aims to shed light on the way Abate’s photographs are able to perfectly render the works of extraordinary artists and to capture unique performances but also suggests that each image can be appreciated as an art piece in its own right. More than just a photographer, he became a true eyewitness of unforeseen artistic revolutions in Europe. His shots constitute precious documentation of events of which we would otherwise have no record and are therefore emblematic of a period.

Natacha Carron

Images: Claudio Abate : 1- Janis Kounnelis « Cavalli », 1969 / Pino Pascali « Colomba della pace », 1965 – copyright the artists

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