« MACBETTU », UN MACBETH FROTTE A L’ÂPRETE SARDE

« Macbettu » d’après Macbeth de William Shakespeare – Texte et mise en scène : Alessandro Serra – Première en France au Printemps des Comédiens 2018 de Montpellier – Spectacle en sarde surtitré en français.

Depuis des siècles les metteurs en scène de tous horizons ont bien compris l’universalité du propos de Shakespeare et chacun s’est donc employé à mettre en scène son œuvre au travers du prisme de sa propre culture ou de ses propres affinités. C’est donc tout naturellement ce que propose le metteur en scène italien Alessandro Serra avec ce Macbettu. Dans un mélange élégant du texte original et de la culture sarde, le metteur en scène offre une magnifique relecture de l’œuvre.

Avec un travail d’une précision absolue sur l’art du mouvement, du corps et de son rapport à la scène, le metteur en scène donne vie à Macbettu (Macbeth), qui, poussé par sa femme et les prémonitions d’étranges créatures, va commettre un régicide afin d’accéder au pouvoir. Ivre de pouvoir et de la peur de le perdre, Macbettu et sa femme sombrent dans la folie dans un bain de sang …

Conscient des similitudes entre le récit de Macbeth et la culture sarde dans la rudesse et l’âpreté, Alessandro Serra parvient avec brio à entremêler ces deux cultures. Tout comme dans un carnaval de Barbagia ou un théâtre élisabéthain tous les rôles sont tenus ici par des hommes et le metteur en scène a su trouver pour chaque élément de la pièce son analogue sarde sans sombrer dans un systématisme lassant. Le brouillard écossais devient poussière, les arbres de la forêt de Birnam sont des masques en bois de carnaval… Magie, rituels, créatures païennes, tout y est jusqu’au bain de sang. Mais la puissance de la mise en scène et de la scénographie réside dans le fait qu’Alessandro Serra est parvenu à se défaire de tout son bagage culturel afin de recréer un nouveau lieu de l’intrigue, endroit parfait de l’osmose entre une vendetta sarde sur fond de mamuthone et une tuerie anglaise drapée dans la minéralité d’un lieu, que ce soit un château écossais ou une falaise sarde. Ce qui frappe dans la multitude des références à la culture sarde, c’est justement que le metteur en scène parvient à nous les faire oublier, comme si Shakespeare lui-même avait écrit son Macbettu. Tout paraît d’un naturel déconcertant.

Dans un travail parfait des corps et de la scénographie, Alessandro Serra offre des scènes épurées d’une rare beauté, sans vidéo, sans décor excessif. Il trace les contours de sa mise en scène par des traits de lumières et des sons créés en live par les comédiens et offre ainsi quelques instants fugaces, éphémères, empreints de poésie et d’une intensité poignante. La façon dont le metteur en scène a su s’imprégner du texte, de la culture sarde et de sa propre vision du théâtre est proche de la perfection. Conscient qu’il s’agit d’une relecture, on ne peut s’étonner du peu de place faite à la dérive de « Lady Macbettu » sombrant peu à peu dans la folie du remords puis dans la mort dans un moment de grâce et de trouble car même ce raccourci d’Alexandro Serra nous happe et chacun retient son souffle.

L’ensemble des comédiens est tout simplement formidable. Un jeu alliant un équilibre permanent entre puissance, rage animale et légèreté poétique en passant, comme dans tout Shakespeare qui se respecte, par des moments drolatiques avec, entre autres, ces sorcières tantôt inquiétantes, sales et méchantes, tantôt hilarantes dans leur bêtise crasse.

Chaque instant est prétexte à nous éclairer par de somptueuses scènes dans lesquelles chaque ingrédient est pesé et réfléchi. Un très beau moment de théâtre que ce Macbettu qui restera dans les mémoires et un Printemps des Comédiens qui, cette année encore, fait la part belle au théâtre contemporain et aux découvertes.

Pierre Salles,
envoyé spécial à Montpellier

Dates des représentations :
1 et 12 juin 2018 – Printemps des Comédiens – Théâtre Jean Claude
Carrière – Montpellier
17 et 18 juin 2018 – Festival delle Colline Torinesi, Turin
Du 22 au 30 juin 2018 – Teatro Massimo, Cagliari
8 et 9 août 2018 – Festival de Tampere Finlande, Tampere
3 septembre 2018 – Festival Sarajevo, Sarajevo
Du 19 au 20 octobre 2018 – Teatro Franchi, Pavia
2 et 3 novembre 2018 – Marjanishvili State Academic Drama Theater,
Tbilisi Georgia
12 et 13 novembre 2018 – La Rose des Vents, Lille
16 novembre 2018 – Scène Nationale de Sète
21 novembre 2018 aux Scènes Nationales de Belfort et du Pays de
Montbéliard
21 et 22 Mai 2019 – Le Liberté, scène nationale de Toulon

Images copyright Alessandro Serra

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

  • INFERNO RECRUTE SES CORRESPONDANTS EN MEDITERRANEE :

  • Allez :

  • HOMMAGE A MIKE KELLEY

  • UNTITLED FEMINIST SHOW / Young Jean Lee

  • PORTRAIT : STEVEN COHEN

  • SOPHIE CALLE : RACHEL, MONIQUE

  • ISTANBUL MODERN : VAPURS, BOSPHORE ET ART CONTEMPORAIN