BIENNALE DE LYON : « FRANCHIR LA NUIT » DE RACHID OURAMDANE, ACTION DE GRÂCE

18e Biennale de la Danse de Lyon : Rachid Ouramdane – « Franchir la nuit » – Opéra de Lyon, 20 et 21 septembre.

Jeux d’eau.

Depuis 1996 et la création de son solo 3 avenue de l’espérance, c’est peu de dire que Rachid Ouramdane a créé des œuvres chorégraphiques et plastiques mémorables.

Les danses qu’il a inventées restent. Ce qu’on retient aussi ce sont les espaces dans lesquels il va les inscrire. On se souvient de Skull*cult avec sa combinaison et son casque de moto où il endossait un personnage qui fascina. On garde en mémoire les écrans d’un autre solo Loin/Fare et entre ces deux pièces, tout un monde s’est évanoui et un univers a jailli. On se rappelle de Sfumato, présenté à Lyon lors de la précédente Biennale, avec ce piano sous une pluie battante. Déjà l’eau ; eau qu’on retrouve dans cette nouvelle création de la Biennale de danse de Lyon : Franchir la nuit.

Une boite noire. Le ressac d’une vague. Une voie lactée de pluie. Un corps debout en mouvement. Des corps ensevelis par l’eau. Des chaines d’humains reliés les uns aux autres. C’est ce qui va accompagner le regard pendant une heure. Images fortes mais pas seulement. Un climat. Une mise en condition pour le spectateur.

Avec Franchir la nuit, Rachid Ouramdane offre une image visuelle forte. Il va surtout réussir à créer de la poésie avec un des problèmes contemporains le plus central de notre société : les migrants, les réfugiés. Les vie de ces personnes et notamment les plus jeunes d’entre eux, sont au cœur de cette ode nouvelle du chorégraphe.

A la lecture de ses intentions, on craignait qu’il tombe dans une forme larmoyante ou voyeuriste, qu’il se laisse aller à des facilité à nous tirer les larmes et il y a de quoi. Ici, rien de tout cela. Rachid Ouramdane est bien trop pudique pour aller dans de tels excès. Il réussit avec toute sa compagnie à créer les conditions d’une œuvre parfaitement maitrisée, d’une haute tenue morale et esthétique. Il ne s’empêche rien. Avec peu, il apporte sur la scène nombre d’images qui nous arrivent par les médias et contre lesquelles on ne sait rien faire jusqu’à en perdre notre capacité à nous émouvoir ou à être touchés à cause de leur profusion.

Des images de films viennent entrecouper le spectacle vivant. Ce n’est pas une respiration. C’est plutôt une digression sur le sujet. C’est aussi très fort et très beau. Mehdi Meddaci ouvre une voie, une autre piste avec l’abstraction de l’image animée. Il donne une vie, comme une seconde chance à notre imaginaire. Il le fait en grand, en noir et blanc. Il cadre large et l’image emporte tout sur son passage et éclate sous nos yeux.

Reprenant son principe de « murmuration » abordé dans une pièce éponyme pour le Ballet de Nancy, il compose de grands mouvements d’ensemble, tels ces vols d’oiseaux, allant d’un point à un autre, dans un ballet incroyable, avançant en nuées, posant dans le ciel un graphisme mystérieux, instinctif. Les amateurs, enfants réfugiés, vivants dans des foyers ou accueillis dans des associations sont ainsi à armes égales avec et les danseurs de la compagnie desquels on distingue l’incroyable virtuose Annie Hanauer, inoubliable interprète de Tordre, un duo crée par Rachid Ouramdane, avec Lora Juodkaite, elle aussi fascinée par des girations salvatrices, comme autant de moyens de sortir du monde et de s’en créer un.

La musique aussi a son importance. Le piano en direct qui sonne comme une résonnance aux gestes et les paroles des chansons de Bowie ou de Dylan portées par des voix off enfantines, autant de signes qui portent le message avec, là aussi, une poésie simple mais oh combien émouvante.

Franchir la nuit, c’est comme passer un cap, celui de se demander ce qu’il faut faire pour que l’humanité dépasse ses craintes et s’ouvre à la générosité, au partage, à l’accueil. C’est un message éminemment politique, une action de grâce que mène Rachid Ouramdane et qu’il faut soutenir par une présence active. Ce sera l’une des pièce les plus intense de cette 18ème Biennale de Lyon.

Emmanuel Serafini

Photos Patrick Imbert

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