« REQUIEM FOR A PIECE OF MEAT » : TRANCHE D’ANIMALITÉ

Lausanne, correspondance. 

« Requiem For a Piece of Meat » de Daniel Hellmann, les 8 et 9 février au théâtre de Vidy, Lausanne, dans le cadre des Swiss Dance Days 2019 (15 pièces de danse en 4 jours).

« Requiem for a piece of meat » est présenté comme une messe des morts musicale, chorégraphique, plastique en l’honneur de l’animal. Daniel Hellman, chanteur, danseur, homme de danse et de théâtre, en collaboration avec le cochon nain Nacho (!) présente une pièce d’une esthétique plutôt surprenante. Format XXL, plusieurs saucisses, une tranches de charcuterie et un énorme carré de lard gisent sur la scène. Imperceptiblement, ils se mettent à frémir et donnent naissance aux comédiens. Le processus est inversé, de la viande naît la vie. Ce sont bien des humains qui se meuvent alors sur scène, mais leurs déplacements, leurs comportements sont bestiaux. Un mélange de chevaux, de chiens, de cochons, de volatiles.

Les huit danseurs et comédiens jouent et miment cette étrange espèce qu’ils ont créée, mi-humaine, mi-animale. A l’instar du temps qui court, ils interprètent de superbes chants lyriques, sur des musiques allant de Marin Marais (XVIIe-XVIIIe) à Gérard Pape (1955). Ces êtres hybrides laissent libre cours à de surprenantes expressions corporelles, interprétant le bien-être, l’agression, le jeu, la satisfaction. Ou la suprême indifférence, qu’il s’agisse de l’intrusion du regard de l’homme ou pire. La confiance que les animaux nous témoignent pousse-t-elle les humains aux abus de pouvoir ? Composée de sept chapitres, cette liturgie propose des images belles, fortes, émouvantes ou dérangeantes… Néanmoins pas aussi dérangeantes que peut l’être la réalité d’une vie animale.

Considérés enfin comme des êtres sensibles, nous aimons nos congénères les animaux. Il est ici question de similitudes, de pratiques et de comportements envers les bêtes. Et de toute l’ambiguïté de notre rapport à la chair, la leur, la nôtre.

Lors du final, tandis qu’une comédienne grimpe sur la balustrade pour lorgner les spectateurs de plus près, le corps nu d’un comédien narquois affiche avec insistance sa ressemblance avec la pièce de viande qui attend dans le congélateur de l’abattoir.

Martine Fehlbaum,
à Lausanne

Photos Nelly Rodriguez

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