SHEILA HICKS « AU-DELÀ », UNE FIBRE UNIVERSELLE

SHEILA HICKS – AU-DELÀ – Palais des Beaux Arts de Lille – Jusqu’au 8 mars 2027.
Le Palais des Beaux Arts de Lille invite jusqu’en mars 2027 à une balade inédite au cœur d’une cinquantaine d’œuvres de Sheila Hicks. Quelques soixante années de création. Artiste américaine née en 1934 dans le Nebraska et résidente à Paris depuis les années soixante.
De renommée internationale cette artiste inclassable est connue pour son utilisation pionnière de la fibre textile. « Un langage universel ». Un lien entre les cultures et les peuples dont elle s’empare pour réaliser depuis les années cinquante une œuvre atypique entre artisanat, design, architecture. Joyeuse. Ludique. Et protéiforme. Des œuvres les plus « Minimes », titre d’une série réalisée sur de minuscules métiers à tisser, à ses réalisations monumentales. Telle celle réalisée in situ dans le gigantesque atrium de ce Palais des Beaux Arts de Lille. En pays textile s’il en est. Lille, cité de commerce se développe en effet au XIXe siècle grâce aux industries textiles de toute une région. Roubaix, Tourcoing déjà villes textiles depuis le XVIe siècle seront pour longtemps riches de ce passé fortement inscrit dans leur histoire.
Juliette Singer, directrice du musée lillois, et Julia Garimorth, conservatrice en chef du musée d’Art moderne de Paris, toutes deux commissaires de cette exposition ne s’y sont pas trompées en invitant Sheila Hicks. Et c’est ensemble, avec le regard particulier et attentif de Sheila Hicks sur les lieux, qu’elles ont pensé ce parcours habilement croisé avec les collections du musée.
Sheila Hicks, élève de la Yale School of Art dès 1954 y rencontre d’autres artistes marquants de sa génération, Mark Rothko ou Willem De Kooning. Mais c’est Josef Albers, doyen de la faculté, pionnier du design moderne, qui lui laissera certainement la trace la plus durable avec ses multiples expériences sur la couleur et la perception. Tout comme ses nombreux voyages. Notamment au Chili et au Mexique, au Maroc ou en Inde. Et la rencontre là-bas, de tisserands qui lui ouvriront d’autres horizons techniques et artistiques, d’architectes et de cultures fascinantes.
« Au-delà ». Ainsi s’intitule ce voyage. Aussi sensoriel que visuel. « Au-delà » c’est le titre d’une œuvre posée à l’entrée de l’atrium du musée. Tel un tronc de coton. Pur. Arbre tutélaire. Élancé vers un probable infini. Puis vient cette immense installation. Ici pas de tissé. Pas de noué. Pas de tressé. Mais une joyeuse multitude de serpentins géants laissant venir de l’immense verrière quelques trouées de lumière. Comme une grande fête de la couleur. Un ciel bienfaisant. Une géante guirlande de bienvenue. Visible du dessous, l’œuvre le sera aussi du dessus. Au premier étage. Par différents points de vue. Et deviendrait alors une sorte de foule bigarrée et plurielle. Une vague humaine en marche. Un mouvement de couleurs vers un ailleurs. Vers peut-être cet « Au-delà ». Mystérieux et prometteur.
À l’étage où se poursuit l’exposition, tout commence par quelques travaux intimes. Petites pièces tissées. Soudain précieuses dans leur format réduit. Presque comme des talismans. Légères et malicieuses. Puis vient la « Fugue » de 1969-70. Grande pièce de tissu, lin, coton et soie. Orgue céleste ouvrant elle aussi vers d’autres possibles. Et aussi ces bâtons d’une marche émerveillée. « Another break in the wall ». Élancée multicolore où les pigments teintes la fibre. Il faudra « Encore des ponts à traverser » pour parcourir un champ de jaune et d’orangé éclatants. Lumière vive d’un souvenir de Rothko. Peut-être. Ou d’un autre Vincent. Réminiscences possibles de l’Inde ou du Maroc.
« Au-delà » à nouveau quand les constellations multicolores de ces galets enserrés de fils de lin, de coton ou de fibres synthétiques s’accrochent comme des « Mémoires et des trophées ». Œuvre toute récente. Sheila Hicks donne à toutes ses œuvres des titres d’une grande poésie. Comme des rêves sublimés. D’autres chemins à suivre. Alors au détour des impressionnistes présents dans les collections du musée il faut tout à coup « Tremper dans un puit profond ». Force et violence des violets ébouriffés. Des bleu-gris en mèches et en tresses. Alors au détour des sublimes portraits de la peinture hollandaise du XVIIe s’attarder sur d’autres œuvres. Alors au détour des sculptures de marbre blanc trouver ces « Journées inoubliables » de 2026. Blanches. Pures. Douces.
Arthur Lefebvre
Sheila Hicks prépare actuellement une importante rétrospective au Padiglione d’Arte Contemporaneo de Milan du 17 novembre 2026 au 14 février 2027 ainsi qu’une installation monumentale permanente au nouveau Guggenheim Museum Abu Dhabi, dont l’inauguration est prévue en décembre 2026.
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SHEILA HICKS – BEYOND – Palais des Beaux Arts de Lille – Until March 8, 2027.
The Palais des Beaux-Arts in Lille invites visitors, until March 2027, to a unique journey through some fifty works by Sheila Hicks, spanning sixty years of her artistic creation. An American artist born in Nebraska in 1934, she has lived in Paris since the 1960s.
Internationally renowned, this unclassifiable artist is known for her pioneering use of textile fibers. « A universal language, » she describes as a link between cultures and peoples, which she has embraced since the 1950s to create an atypical body of work that blends craftsmanship, design, and architecture. Joyful. Playful. And protean. From her most « Minimes » works—the title of a series created on tiny looms—to her monumental creations, such as the one she created in situ in the vast atrium of the Palais des Beaux-Arts in Lille. In the heart of textile country, Lille, a trading city, developed in the 19th century thanks to the textile industries of the entire region. Roubaix and Tourcoing, already textile towns since the 16th century, would long remain rich in this past, deeply ingrained in their history.
Juliette Singer, director of the Lille museum, and Julia Garimorth, chief curator of the Museum of Modern Art in Paris, both curators of this exhibition, were right to invite Sheila Hicks. And it is together, with Sheila Hicks’s unique and attentive perspective on the space, that they conceived this exhibition, skillfully interwoven with the museum’s collections.
Sheila Hicks, a student at the Yale School of Art from 1954, met other influential artists of her generation there, such as Mark Rothko and Willem de Kooning. But it was Josef Albers, dean of the faculty and a pioneer of modern design, who undoubtedly left the most lasting mark on her with his numerous experiments in color and perception. This was also due to her many travels, particularly to Chile and Mexico, Morocco, and India. There, she met weavers who opened up new technical and artistic horizons for her, as well as architects and fascinating cultures.
« Beyond. » That’s the title of this journey. As much sensory as visual. « Beyond » is the title of a work placed at the entrance to the museum’s atrium. Like a cotton trunk. Pure. A guardian tree. Reaching towards a probable infinity. Then comes this immense installation. Here, there is nothing woven. Nothing knotted. No braided. But a joyful multitude of giant coils, allowing shafts of light to filter through the vast glass roof. Like a grand celebration of color. A benevolent sky. A giant welcoming garland. Visible from below, the work will also be visible from above. On the first floor. From different viewpoints. And would then become a kind of colorful and diverse crowd. A human wave in motion. A movement of colors towards somewhere else. Towards, perhaps, this « Beyond. » Mysterious and promising.
Upstairs, where the exhibition continues, it all begins with a few intimate works. Small woven pieces. Suddenly precious in their reduced format. Almost like talismans. Light and mischievous. Then comes the « Fugue » from 1969-70. A large piece of fabric, linen, cotton, and silk. A celestial organ, also opening onto other possibilities. And also these walking sticks, a testament to a sense of wonder. « Another break in the wall. » A slender, multicolored piece where pigments tint the fiber. « More bridges to cross » will be needed to traverse a field of vibrant yellow and orange. The bright light of a Rothko memory. Perhaps. Or of another Vincent. Possible reminiscences of India or Morocco.
« Beyond » again, when the multicolored constellations of these pebbles, bound with linen, cotton, or synthetic fibers, cling like « Memories and Trophies. » A very recent work. Sheila Hicks gives all her works titles of great poetry. Like sublimated dreams. Other paths to follow. Then, amidst the Impressionists in the museum’s collections, one must suddenly « Dip into a Deep Well. » The strength and violence of disheveled violets. Blue-grays in strands and braids. Then, amidst the sublime portraits of 17th-century Dutch painting, one lingers on other works. Then, amidst the white marble sculptures, one finds these « Unforgettable Days » of 2026. White. Pure. Gentle.
Arthur Lefebvre
Sheila Hicks is currently preparing a major retrospective at the Padiglione d’Arte Contemporaneo in Milan from November 17, 2026 to February 14, 2027, as well as a permanent monumental installation at the new Guggenheim Museum Abu Dhabi, scheduled to open in December 2026.
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Images: 1- Sheila Hicks devant son oeuvre « Break in the wall », (2016) – 2 à 4- vues de l’exposition au musée des Beaux Arts de Lille – 5- les deux curatrices de l’exposition, Julia Garimorth du MAM Paris et Juliette Singer directrice du Musée de lille,avec Sheila Hicks devant “Cosmic energy”, 2026 – Copyright the artist 2026 – Courtesy Musée des Beaux Arts de Lille























