DANS LES GIARDINI, le Pavillon Central sous l’oeil dédaigneux des pigeons

Maurizio Cattelan en superviseur

Le Pavillon central des Giardini offre un panorama un peu bordélique de la génération 2000, avec son lot incontournable de pointures (Pipilotti Rist, Cindy Sherman…) qui, même si toutes n’ont pas collaboré avec le plus grand enthousiasme, proposaient quelques oeuvres intéressantes et plutôt relevées. Avec une mention spéciale pour l’enfant terrible du pays, le toujours pertinent Maurizio Cattelan.

Car de ce pavillon, on retiendra d’abord l’extraordinaire et très discrète invasion -contamination- de Maurizio Cattelan, avec ses pigeons empaillés qui par centaines au dessus des cimaises, semblent surveiller le tout d’un oeil critique voire méprisant. Un joli coup de l’artiste, plutôt réjouissant et fort à propos, s’agissant de la Biennale et de Venise, une ville pluri-envahie par les pigeons et les touristes, culturels ou moins, les uns observant les autres sans beaucoup de sympathie. Venise est un zoo et Cattelan l’a transporté au Pavillon central, un autre genre de zoo. Bien vu.

Une pièce sympathique de Josh Smith sur le parvis du Pavillon entame la charge complice contre ce grand machin qu’est La Biennale, où représentations officielles à l’exécrable nullité côtoient le meilleur du circuit international. C’est la loi du genre, et Josh Smith avec ses immenses mats à drapeaux déstabilisés et vierges de toute bannière inaugure avec ce clin-d’oeil malin le grand bazar. Ses porte-drapeaux chahutés font une jolie forêt post-minimaliste mais vaguement mussolinienne, une esthétique futuriste que prisait le dictateur. Juste rappel de l’histoire de La Biennale, vitrine des pouvoirs.

En revanche, dans le bâtiment, l’oeuvre de Philippe Pareno, une peu brillante pièce lumineuse fichée au dessus du hall central, déçoit. Pareno est un artiste trop gâté par les décideurs culturels français qui l’ont toujours soutenu sans ciller, et du coup il se la joue dandy et branleur. Dommage. De toute façons, l’ensemble du pavillon est un peu à cette image : on sent que les artistes ne se sont guère investis, dans l’immense majorité, se contentant de fournir a-minima quelques oeuvres de second plan sans beaucoup d’enthousiasme. Ainsi de Pipilotti Rist de Polke, ou de Cindy Sherman, qu’on a connus meilleurs.

On notera quelques cependant bonnes pièces de Fishli & Weiss, de Norma Jeanne, Christopher Wool ou Nathaniel Mellors… Et, oui, du Tintoret ! (tout de même), qu’une salle entière honore avec de grands panneaux du maître vénitien, toujours magnifiques.

Mais l’ensemble, un peu facile et sans réelle cohérence ennuie. D’autant que voisinent des esthétiques réellement contemporaines avec de la photographie documentaire ou de grosses et vaines installations néo-conceptuelles vraiment ratées. Un parcours un peu bancal, qui recèle néanmoins quelques trouvailles. Heureusement les pigeons veillent.

Marc Roudier

Jusqu’au 27 novembre. Giardini.

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