« JE DISPARAIS » : STEPHANE BRAUNSCHWEIG AU THEATRE DE LA COLLINE


JE DISPARAIS / ms Stéphane Braunchweig / d’après Arne Lygre

« Je peux soupçonner quelque chose de l’état de quelqu’un d’autre, je peux avoir un instant l’impression, peut-être, de comprendre, d’être triste ou affligée de ce que je sais qu’une autre personne éprouve, mais vraiment prendre à cœur ce que la personne traverse, c’est au-delà de mes capacités ». Arne Lygre

Je disparais parle de la solitude, de l’absence, et du deuil comme de sentiments profonds et terribles car confrontés à l’altérité et soumis au doute sur la possibilité d’une communication réelle. Dans cette pièce, écrite par le dramaturge norvégien Arne Lygre, on retrouve cette fragilité du sujet à travers le thème de l’émigration; partir, ce n’est pas seulement quitter une vie connue mais c’est aussi être jeté hors de soi, perdre une identité et devoir en créer une autre.

La pièce débute par le monologue d’une femme assise dans son fauteuil, évoquant sa vie, sa maison, ce lieu qui a été son nid, dans lequel elle a longtemps vécu, et qu’elle va devoir quitter pour une raison floue, peut-être une catastrophe. C’est une femme à la vie banale et sans histoire, contrainte à une fuite qui fait basculer sa vie et son identité dans l’incertitude. Dans les échanges qu’elle a, par la suite, avec ses proches, les limites du discours sont soulignées. Les personnages passent facilement de la première à la troisième personne, deviennent les narrateurs de leur propre histoire passée et à venir, se regardent de l’extérieur. Ce dédoublement du sujet renforce le sentiment de perte de référentiel, de mort du présent. Il atteint son achèvement lorsque les personnages jouent, de manière amusée, à raconter les histoires improbables d’autres personnes, créant ainsi autour d’elles une autre réalité. Toutes ces autres vies semblent les aider à éloigner leur peur de disparaître ou simplement à exorciser le réel. L’imaginaire et le monde ludique ont ici une place imposante.

La scénographie, plutôt abstraite, est particulièrement étonnante. Dans un plateau dépouillé, jouant sur les noir et blanc, les effets de perspective créent une sensation de vide et de dépassement en parfaite adéquation avec l’atmosphère sombre de Lygre. On retiendra aussi l’interprétation remarquable d’Anne Mercier qui joue ici le premier rôle. Tout ceci explique que l’on sorte de la salle bouleversé par ce théâtre intimiste qui nous renvoie avec efficacité à nos plus profondes inquiétudes.

Camilla Pizzichillo

Je disparais / de Arne Lygre / mise en scène de Stéphane Braunschweig / Du 4 novembre au 9 décembre au théâtre de la Colline.

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