EL ANO DE RICARDO : ANGELICA LIDDELL L’IRREVERENTE

El Año de Ricardo d’après Richard III / Angélica Liddell / Théâtre du Rond Point.

La nouvelle création de Angelica Liddell El Año de Ricardo n’est pas un spectacle à prendre à la légère — bien au contraire. Comme bien des expériences artistiques, elle modifient notre imaginaire; soyez donc prudent.

Les œuvres d’Angelica Liddell sont caractérisées par une poésie violente et crue, qui explore le thème de la souffrance collective et intime. Lorsqu’elle interroge sa douleur, elle parle aussi de douleur sociale. L’entrée en salle est particulière et amusante: un bric-à-brac d’objets emplit la salle. Des cannettes de bière, un lit, des bougies, un sanglier empaillé, etc : il ne s’agit rien de moins que de la tanière de Ricardo III.

Au début, Ricardo, interprété par Angelica Liddell transformée pour l’occasion en une sorte d’icône trash, accoutrée d’un pyjama de soie fleuri et d’un manteau de fourrure, danse frénétiquement sur une musique qui sonne comme un générique de dessins animés punkisé.

Après cette entrée tumultueuse, l’actrice se met à parler rapidement en espagnol, ce qui rend de facto difficile la compréhension malgré la présence de sous-titres. La salle se transforme alors en une chambre de torture pour spectateurs. Est-ce un test?  Ricardo veut-il hypnotiser la salle à coup de logorrhée ou sommes-nous invités à entrer dans les méandres de la conscience du fou Ricardo ? Qui sait et qu’importe, la crispation est la même.

Après une heure de litanie, Ricardo reprend un phrasé plus lent, et, surtout, enfin, le spectacle prend forme. Il parle alors comme un monstre révélant des vérités féroces. Ainsi, lorsqu’il demande si nous nous rappelons le génocide des Tibétains, des Kurdes, des Arméniens, des Cambodgiens, et des Péruviens, il répond «Vous ne vous souvenez que des Juifs parce que ces cons se sont mis à écrire. Ils ont survécu, et ils ont écrit des centaines de putains de livres.»  Angelica ne reculant devant rien, Ricardo entame la lecture, avec un air pensif et les doigts dans le nez, de Si c’est un homme de Primo Levi, « un hijo de la gran puta » dit-il

L’interprétation que donne Angélica Liddell de Ricardo III est finalement amusante et acide. Les moments effrayants sont entrecoupés de moments de délire, où l’actrice boit, pisse, crache, danse, cri. Le personnage de Richard émerge pleinement dans toute sa splendeur.En bref, si l’on a fait l’effort de ne pas s’échapper du spectacle avant la fin, et que l’on a accepté de sortir de la passivité commode du spectateur et d’entrer dans l’interprétation active, le pari d’Angélica Liddell est gagné. Il semble que nous ayons fait un tour dans l’antre du pouvoir et de l’exercice du mal.

Camilla Pizzichillo

El Año de Ricardo s’est joué du 12 au 29 janvier 2012 au Théatre du Rond Point/ texte et misè en scene de Angelica Liddell / Prochaines dates : du 23 au 25 mai 2012 au Théatre Daniel Sorano de Toulouse.

Voir aussi la conférence de presse du 15 juillet 2010 – Angélica Liddell pour El Año de Ricardo: http://www.theatre-video.net/video/Conference-de-presse-du-14-juillet-1826
Visuel : C. Raynaud De Lage

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