« IMAGINE » / CLAUDIA TRIOZZI ET HACO AU CCN DE MONTPELLIER

Le CCN de Montpellier, crée par Dominique Bagouet puis dirigé par Mathilde Monnier depuis 1994, propose une série de temps forts répartis sur l’année scolaire et qui se déclinent sur deux axes : offrir à des artistes l’espace et le temps de création qui leur convient et que cet espace-temps soit ouvert à un moment ou un autre aux spectateurs. En fonction du projet, le dispositif d’ouverture peut varier : conférence, stage, atelier, installation, projection…

Le CCN, parce que le festival Montpellier Danse programme de grandes pointures à l’année, a fait le choix de proposer des artistes au plus près de leur travail artistique, sans autre considération que la qualité de leur oeuvre.

Ce début 2012 était le moment pour Claudia Triozzi de présenter au public du CCN ses deux projets : la concrétisation de Pour une thèse vivante, spectacle-réflexion sur l’écriture d’artiste entamée en 2011 au Musée de la Danse à Rennes et Imagine, concert présenté à Montpellier en partenariat avec le festival à 100 %.

Après des études de danse classique et une carrière de danseuse pour des chorégraphes contemporains comme Alain Buffard, Xavier LeRoy ou Odile Dubosc, Claudia Triozzi se met à fomenter elle-même des projets qui mettent à l’épreuve les présupposés chorégraphiques. Ce que l’on aime appeler en France la famille de la non-danse.

Pour cette seconde soirée, Claudia Triozzi forme un duo sonore avec Haco, auteuse-compositrice-interprète électroacoustique japonaise. Pendant une heure, elles vont enchaîner les instants, à la manière d’un tour de chant, sans autre élément visuel que leur corps, une petite table et le magnifique plateau nu du studio Bagouet. C’est un concert oui, mais c’est aussi un formidable terrain de jeu pour une artiste polymorphe qui utilise son corps comme une caisse de résonance ou de trouble de son. Le muscle diaphragmatique, la main, la voix sont perçus comme des instruments de percussion. Et le duo devrait se rejoindre : la voix se sample pour aller vers l’électronique mais la musicienne reste cachée derrière son écran. Peu de regard, peu de proposition scénique. Dommage que la rencontre ne soit qu’uni latérale et qu’Haco n’ai pas poussé l’investigation jusqu’à un réel investissement corporel. C’est là que l’on voit que Claudia Triozzi propose une œuvre aux confins de la danse : sa présence, sa conception de l’espace et du public sont clairs et efficaces, elle ne relâche aucune énergie entre les morceaux et joue avec le corps du son comme avec le son de son corps. Le silence entre les textes est ici vécu de façon à nous laisser entendre la résonance qui imbibe les murs de ce qui vient de se passer. Et le refroidissement des projecteurs pour conclure les séquences.

Des morceaux en anglais, en italien, en français ; des influences du classique, du free-jazz, de la poésie sonore, de l’éléctro, de la contry-pop font de cette soirée un bouquet sonore éclectique et varié qui a su contenter une salle archi-comble d’un public exigeant. Mais dans ce fourre-tout sonore, cette partition si mélangée et mal rangée, la corporalité de l’interprète et la façon si personnelle dont Claudia Triozzi nous offre cet espace de sincérité unifie le tout et rend l’ensemble cohérent. De la non-danse où le corps pète dans tous les sens.

Bruno Paternot

Imagine / Concert de Claudia Triozzi et Haco au Centre Chorégraphique National de Montpellier L.R. s’est joué le jeudi 2 février 2012 dans le cadre du festival 100%

Visuel : © Flomaryne Colombier

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