MARSEILLE : VIRGINIE CHOCHOY PREND LA TANGENTE

Exposition Virginie Chochoy à la galerie La Tangente / Marseille / Jusqu’au 8 avril 2012.

La Tangente une fois de plus a vu juste. En exposant l’installation de Virginie Chochoy, cette galerie associative décoche quelque chose plutôt rare en art contemporain : l’adéquation hors tout esprit décoratif (d’accord parfait) entre un lieu et une oeuvre.

Du fait de l’exigüité du local, cette galerie de poche invite des artistes qui mettent à profit ce handicap, y réfléchissent et le flèchent. En défendant le minimalisme, les galeristes portent l’accent sur la rigueur et l’humilité. Ici, il n’y a pas de place pour l’emphase, pour l’en trop. Ici, il n’y a pas de place. Et l’autosuffisance est de règle, la voie de retournement exemplaire.

Sur la stratégie du moins que rien, la ligne artistique arrive à ciseler une cohérence qui fait les bons lieux. Virginie Chochoy expose neuf dessins au crayon, qui s’attaquent au haut des immeubles, le dernier tiers en biais des toits des entrepôts de la halle des antiquaires qui abrite la galerie la Tangente aux Puces de Marseille.

Au milieu des neuf vues croquées, l’épure d’une esquisse traitée comme un temple grec quand ce n’est qu’une maquette d’un hangar classique montée à hauteur de femme. Par des lucarnes, l’œil peut visiter l’intérieur vide. L’astuce et la fine définition de l’espace réduit de 12 mètres carrés a été de la part de la plasticienne de mettre les dessins hors de portée, de façon que le regardant recrée par lui-même tout ce qui manque. La base du bâtiment, le ressort de l’interprétation, la lecture globale de l’ensemble ; d’un élément qui le caractérise pas plus que ça, qu’un magasin de chaussures à Romans ou une coutellerie à Thiers, il est envisageable de reconstituer une archéographie.

Il en ressort que l’excès de réalité -la scrupuleuse transcription des lignes industrielles rendue par un trait de crayon d’une finesse devenue rare, à l’abri des taches et de l’incorrection- déréalise, ne joue pas la carte du projeteur d’agence. Non, c’est une vision qui est gérée, elle ne peut servir pour tirer des plans, ne concerne pas la maîtrise d’œuvre, c’est seulement un geste de dénuement serré, une apologie non discriminatoire du relevé de formes. Maturité et délicatesse dérogent dans l’art conceptuel, il faut saluer cette sérénité qui, sous le poli et le soin, laisse chanter une étrange tristesse dans la reconversion des friches.

Un état des lieux, un dessin de la coque. Très peu d’historicité, a minima l’ancien essor essoré.

Emmanuel Loi

Virginie Chochoy « Mémoire des lieux » / galerie La Tangente (Marché aux Puces) ouvert le samedi matin et le dimanche matin jusqu’à 13h. / Jusqu’au 8 avril / rens. : www.latangente.over-blog.com

Visuels : vue de l’installation de Virginie Chochoy à la galerie La Tangente / Mars 2012 / Copyright de l’artiste / Courtesy Galerie La Tangente / Marseille.

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