FESTIVAL D’AVIGNON : BRAUNSCHWEIG MET EN SCENE PIRANDELLO AU CLOÎTRE DES CARMES

FESTIVAL D’AVIGNON : Six personnages en quête d’auteur d’après Luigi Pirandello / adaptation et mise en scène Stéphane Braunschweig / Cloître des Carmes / Festival d’Avignon 2012 du 7 au 28 juillet 2012.

Avignon, envoyé spécial.

Artiste associé et directeur depuis 2009 du Théâtre National de la Colline, Stéphane Braunschweig propose une adaptation de la pièce de Luigi Pirandello «Six personnages en quête d’auteur», écrite en 1921. Il ouvre ainsi une réflexion personnelle, une mise en abyme autour de la place et de la nécessité de l’auteur, mais également un questionnement des personnages issus de l’imaginaire de Pirandello. Toute une mise en perspective de la vision de la réalité que chacun perçoit et renvoie à l’autre, au travers du prisme des mots.

Côté jardin, un plateau sur le plateau. Côté cour, une table, des textes. Nous voici plongés directement au cœur d’une répétition de théâtre en mal d’inspiration, en plein questionnement sur la place et la nécessité du texte. Un metteur en scène convoque ses acteurs afin de parler de leur travail et ce vers quoi ils veulent aller. Tout est interprété avec un grand réalisme. Le spectateur s’imagine quelques jours plus tôt, à la place de directeurs d’un Festival qui découvrent les répétitions inachevées d’une mise en scène laborieuse.

Apparaissent, venant des gradins, six personnages, plus théâtraux, marqués du drame. Ils sont là, en quête d’une pièce, d’un metteur en scène…
Les spectateurs sont plongés directement dans le cœur de l’intrigue, mais cela ne les empêchent pas de se poser des questions, tout comme les acteurs et le metteur en scène. Des comédiens qui sur le plateau jouent l’ultra réalisme, immergeant le public dans un léger malaise. Qu’il a-t-il de vrai et de faux dans tout ça ? Les faux-vrais acteurs au plateau, ou ces vrais faux-personnages qui, ostensiblement, s’affichent et se revendiquent tels quels ?

Six personnages abandonnés par leur auteur, mort-né avant la mise en scène. Peur de l’auteur ? Drame trop personnel pour être montré ? Le fait est qu’ils sont là, bien réels, avec la nécessité vitale de monter et montrer leur drame personnel qui, de par sa seule existence, leur donne vie.

Stéphane Braunschweig, avec une mise en scène simple mais subtile, oscille sans arrêt entre le drame de la réalité et et les propositions des acteurs qui ont de leur interprétation et de leur rôle une vision personnelle. Braunschweig parvient ainsi à faire toucher du doigt cette mise en abyme propre à Pirandello. Nous ne savons plus démêler le vrai du faux, tout s’entremêle, la fiction des acteurs apparaît plus vraie, plus puissante que le réel, transcendée Une transfiguration du drame par eux vécus, pourtant terrible, et qui donne corps aux personnages.

Le metteur en scène, celui de la scène, semble inutile. Il n’est là que pour s’adresser aux véritables personnages. Mais il laisse ses comédiens proposer et interpréter. Comment cependant oublier qu’un autre metteur en scène, bien réel celui-là, est présenten coulisse ? Comment oublier que ces personnages tout juste nés, issus d’un auteur qui tente de les rejeter, sont en fait le fruit de l’imagination de Pirandello ?

Tout n’est ici que faux semblant, mensonge et illusion. Le théâtre, quoi. Et cependant cela nous ramène constamment à notre réalité. Même lorsque dans le texte Pirandello demande à la régie de baisser le rideau. Ici, juste un noir, certains spectateurs hésitent et lancent quelques petits applaudissements, le pari est gagné !

Stéphane Braunschweig arrive même à rendre réelles les images qui pourtant semblent «live» sur le mur du fond de la fausse scène, des éléments du drame, d’autres personnages, en particulier Madame Pace qui, image ou pas, nous paraît tout à fait exister.

Stéphane Braunschweig et ses acteurs ont réussi leur coup. Une démonstration qui n’explique rien, mais laisse un parfum subtil d’abîme et de confusion. Le tableau final, qui mêle toutes les réalités, abstrait et néanmoins amplifié par un véritable travail artistique, fait mouche. Comme un clin d’œil, un dernier tour de passe-passe fait tuer le metteur en scène, par l’image de Pirandello lui-même. Ce Pirandello-là monté par Braunschweig n’est certainement pas un immense moment de théâtre, mais il demeurera dans notre mémoire comme une séquence pour le moins très agéable.

Pierre Salles

Visuel copyright S. Braunschweig et Festival d’Avignon 2012.

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