« LA TENTATION D’EXISTER », A LA MANUTENTION : UNICO !

AVIGNON OFF 2012 : «LA TENTATION D’EXISTER» / LA MANUTENTION 4 rue des escaliers sainte anne 17 H jusqu’au 21 JUILLET.

En Patagonie, il est observé deux obligations : celui qui joue ne le dit pas tout de suite, il entame la conversation sans désobliger ni calculer trop loin les effets de sa parade et, deuxième charge facultative qui ouvre les écoutilles, le public qui se constitue sous le ventilateur déglingué progresse selon les volutes du canto.

Au troisième étage des Hauts-Plateaux à la Manutention, Christian Mazzuchini nous offre un voyage patagon, au sens où Swift l’entendait : un type venu de nulle part biseauté qui décanille grenade après grenade sans attendre les éclats, un ahuri taiseux ou blagueur, un mage des rues ou de la pampa. Il nous reçoit Bororo moderne le visage séparé par un trait blanc et lance des banderilles tirées de Christophe Tarkos, poète éblouissant mort à quarante et un ans d’une tumeur dans le crâne. Prestation composite d’un homme seul, faite à la diable dans une sorte de cavalcade au bord des mots dans un mélange de romani et de sécatifs doux et violents, serpentins et cordiaux.

La qualité essentielle de l’homme qui se donne en spectacle est qu’il délivre là en l’occurence une joie panique d’exister en chair et en os, de se vivre être de parole troué et traversé par elle. Question références et Mazzuchini les emballe toutes sans les annuler, Dario Fo, Fellini et Kusturica sont bien là, au carrefour où les lettres de refuges sont cachées dans des niches peintes en bleu madone sur les hauts plateaux où la bise souffle. Personne n’est obligé de lire ces messages à la voix anonyme : loufoque et sentimental, bouffon dramatique, il mène le bal.

De grands devanciers Roland Dubillard, Raymond Devos peuvent être évoqués mais ce qu’on retient de ce chavirement, c’est l’extrême modestie d’un funambule qui ne recèle plus aucun secret, bat sa couple en riant d’un tas de chagrin à piétiner. Désopilant et fraternel, joyeux et empli d’une malice paysannne, ce comédient qui ne craint pas l’humanité fait feu d’un drôle de bois.

Il nous accompagne dehors comme il nous a reçus, serrant la pince à chaque visiteur, nous laissant reprendre nos esprits à l’aide d’un petit blanc sec. Il n’y a pas de coupure entre le spectacle et le courant de minutes, là où s’inscrivent les actes de la vie quotidienne carcérale à souhait. Les baladins se font rares, de quelle augure se nourrisent-ils?

Emmanuel Loi

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