LA CHAMBRE D’ISABELLA : JAN LAUWERS AU MONTFORT THEATRE

La chambre d’Isabella, Jan Lauwers / Needcompany / Montfort Théâtre / Dans le cadre de Paris Quartier d’été 2012.

Alors que la plupart des théâtres parisiens ont déjà fermé leurs portes, que tous les regards se sont tournés vers les festivals d’Avignon, « Paris quartier d’été 2012 » créé l’événement du 14 juillet au 11 août avec une variété de spectacles à voir ou à revoir.

La chambre d’Isabella, pièce écrite et mise en scène par Jan Lauwers, découverte d’ailleurs à Avignon en 2004, concentre sur la scène du Théâtre Monfort, une collection de personnages et d’objets exotiques animée par une joyeuse troupe belge d’une dizaine de performers à la fois comédiens, danseurs, musiciens et chanteurs. Au milieu de ce décorum de figurines africaines et égyptiennes, c’est le récit de cette femme, campée par la comédienne Viviane De Muynck, qui entraîne acteurs et spectateurs dans les ressacs de ses quatre vingt neufs années de vie.

Depuis cette chambre parisienne que son père lui a laissée, fenêtre ouverte sur une civilisation originelle, les protagonistes circulent librement dans cet espace comme autant de pigeons voyageurs qui assurent les correspondances entre les objets collectionnés et les signifiants qu’ils renferment. A la manière d’une installation composite, Jan Lauwers juxtapose chronologiquement les évènements de la vie d’Isabella rythmés par un siècle d’histoire. Adoptée par Arthur et Anna, élevée dans un phare sur une petite île, elle grandit en se pensant fille d’un prince du désert mais derrière ce beau roman, se cache une réalité que le mensonge a rempli de fantasmes. Isabella se raconte avec l’aide de tous les morts qui ont compté pour elle, comme deux de ses amants parmi les 73 autres, Alexander et Franck qu’elle accompagna dans leur agonie.

Les années d’Isabella se succèdent, des années pleines, des années creuses, des rencontres, des révélations, des chagrins mais pas d’angoisse, qu’elle considère comme une perte de temps, pas de larmes car contenues dans le « vase à libations ». Isabella associe la beauté des objets qui l’entoure à leur utilité. Par exemple, le pénis pétrifié de la baleine lui permettra de retrouver son briquet. Elle n’aura qu’à penser « pénis » pour retrouver aussitôt son emplacement grâce à Frank qui connaît mieux que personne son goût pour la chose.

La scène devient cette métaphore de l’espace cérébral de la matrone où le metteur en scène opère une répartition spatiale des fonctions et où chacune de ces fonctions prend forme grâce aux différents langages ici convoqués et liés entre eux. Tout comme le français et l’anglais se relaient dans le texte via la parole ou le sur-titrage, la musique, le chant et la danse se connectent au récit, rendant ses instants remémorés vivants. Comme ses deux danseuses de type asiatique qui se partagent l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit du cerveau d’Isabella, chaque acteur en scène, en jeu ou non, inscrit sa participation individuelle dans cette partition collective.

Seules laissées pour compte dans la mise en scène du plasticien Lauwers, l’image et la lumière, faiblement traitées. Photographies d’une étagère de la chambre à jardin, téléviseur sur lequel défile un patchwork de ces sculptures anthropologiques à cour, sont autant d’éléments additionnels et superflus dont le plateau aurait pu s’alléger. La mise en jeu du récit passe davantage par l’interprétation colorée de ces comédiens que par un travail scénographique où décor et lumière conservent le même état du prologue à l’épilogue.

La tragédie musicale de Jan Lauwers et de sa Needcompany se révèle être en filigrane un hommage au père de l’auteur, Félix Lauwers, décédé en 2004, année de création de la pièce. Le spectacle s’achève sur les notes de Bowie, ce Bowie auquel l’amant Alexander ressemble tant, venant clore l’imagerie surréaliste de la vie romancée d’Isabella, alias Jan ?

Audrey Chazelle

La chambre d’Isabella, Jan Lauwers & Needcompany au Monfort Théâtre du 17 juillet au 4 août 2012 à 20h30 (relâche les dimanches et lundis) dans le cadre du festival Paris quartier d’été 2012.

Photos © Eveline Vanassche

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