« LA PETITE », ENTRE VIVANTS ET MORTS

« La Petite » / texte, mise en scène et scénographie de Anna Nozière / Théâtre de la Colline jusqu’au 27 octobre / Festival Nov’art TnBa, Bordeaux du 20 au 23 novembre 2012.

« Un fait est certain, le “fantôme” — sous toutes ses formes — est bien l’invention des vivants. Une invention, oui, dans le sens où elle doit objectiver, fût-ce sur le mode hallucinatoire, individuel ou collectif, la lacune qu’a créée en nous l’occultation d’une partie de la vie d’un objet aimé. » Didier Dumas.

L’histoire commence par un applaudissement. Une troupe de théâtre est sur scène. Puis il y a la Petite qui vient d’apprendre par une échographie que le fœtus qu’elle porte depuis cinq mois a cessé de se développer. Pour cette raison, elle a décidé de s’enfermer dans ce théâtre où elle continue à jouer chaque soir. Il faut dire aussi que dans cette salle dont elle ne veux plus sortir, la Petite est née ; sa mère y est même morte en couche… C’est d’ailleurs par fidélité morbide à sa mère que La Petite est incapable de jouir de la vie et même de s’autoriser à donner la vie.

Cette grossesse l’oblige finalement à revisiter le traumatisme de sa propre naissance. Pendant ce temps, à l’extérieur, le monde des médias et de la science s’inquiète de ce foetus qui ne grandit pas.

C’est alors que commence un dialogue angoissant entre les vivants et les morts. Des pantins inquiétants défilent; ce sont des fantômes, c’est-à-dire des « vides » laissés en nous par les secrets des autres. « C’est vrai, les vivants et les morts se sont toujours côtoyés dans mes spectacles. Cela m’est tout à fait naturel. Les morts existent à travers nous. Nous sommes leurs enfants, de sang de chair et de mémoire. Le théâtre est comme un lieu de rite qui permet la rencontre avec tous les mondes. »

Le travail d’Anna Nozière, très marqué par la psychanalyse, s’apparente souvent à l’évocation d’un univers onirique. Pendant la préparation de cette pièce les acteurs ont travaillé les rêves hallucinatoires de La Petite par associations d’idées sur le modèle freudien. Quelques moments renvoient aussi à l’émergence d’un inconscient collectif. Au début du travail sur La Petite, la plupart des personnages n’étaient pas du tout écrits; Anna Nozière a invité les acteurs à travailler autour de propositions personnelles, à s’interroger sur leur passé et leurs souffrances. Ce travail a amené les comédiens à chercher les points communs ou au contraire les différences entre les personnages qu’ils ont construits et eux-mêmes.

Malgré l’intérêt de la méthode utilisée et le remarquable travail effectué par les comédiens, la pièce n’arrive pas à toucher le spectateur. Il y a plusieurs fragments très intéressants mais l’ensemble manque de force et de contenu. On peut plus durement supposer un manque de force intrinsèque au propos de la pièce : La Petite est une pièce lunaire, onirique, agréable sans risque. Elle voudrait évoquer la nuit de l’inconscient mais ne se limite qu’à jazer sur le coucher du soleil.

Camilla Pizzichillo

La Petite / texte, mise en scène et scénographie de Anna Nozière / Théâtre de la Colline jusqu’au 27 octobre / Festival Nov’art TnBa, Bordeaux du 20 au 23 novembre 2012

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives