NACERA BELAZA : » LE TRAIT », UNE PIECE EN TROIS TEMPS

DANSE : Nacera Belaza, Le Trait / Montpellier Danse / Octobre 2012.

C’est devant une salle comble que la dernière création de Nacéra Bélaza a été redonnée dans le cadre de Montpellier Danse les 25 et 26 Octobre dernier.

Le sous-titre le dit bien, c’est à la fois trois pièces chorégraphiques qui sont présentées, mais un seul spectacle. Les trois moments sont indépendants (ils ont chacun un titre : Le Chœur et l’oubli ; La Nuit ; Le Cercle) mais forment un tout, un temps de réflexion sur l’espace et le corps à l’intérieur de cet espace. Chaque pièce devient d’ailleurs non plus un solo ou un duo entre humains mais un échange entre les danseurs et l’espace. Dont les lumières qui sont d’une exigence, d’une recherche et d’une qualité rare dans la danse contemporaine qui ne cherche pas le spectaculaire. Cette recherche est d’ailleurs collective, entre Nacera Belaza la chorégraphe, Dalila Belaza l’interprète et Eric Soyer le créateur lumière. « C’est extrêmement compliqué de travailler avec sa propre sœur » explique la chorégraphe lors d’une rencontre plateau à l’issue de la représentation. Petits rires dans la salle. « C’est vrai. Mais on arrive à un point de communion qui n’est peut être pas possible avec quelqu’un d’autre. »

Tout au long des pièces, les corps évoluent et entrent en lutte contre le chaos qui les entourent. Dans la première partie Le Choeur et l’oubli, la lumière s’ouvre lentement dans un long trait en avant-scène. Puis la lumière gagne sur le chaos par vagues successives pour laisser apparaître quelques parties du corps de Dalila Belaza : ses mains puis sa tête (les mains qui agissent et l’esprit qui pense). Son mouvement est en ligne, très lent, minimaliste mais très précis. Le son se fait de plus en plus présent, à la fois un bruit proche qui grandit et un chant lointain qui s’approche. Le corps de la danseuse se fait de plus en plus puissant et intense. Autant la danseuse possède un corps frêle et fragile, autant elle dégage une certitude de la lutte et une intensité énorme. « On est effacé, pas présent, mais on est pleinement là. »

La seconde pièce se noue encore entre une femme (Nacera Belaza cette fois-ci), un point d’énergie lumineux et les éléments extérieurs. On sent à la fois une lutte acharnée pour rester debout, pour que le mouvement (circulaire cette fois) ne s’arrête jamais, mais il s’agit aussi d’un lâcher-prise, une communion animiste qui rendra l’interprète plus fort une fois ce moment en duo avec le vent. Cette partie, qui repose principalement sur un parti-pris formel, tient moins bien la route que les deux autres et s’essouffle plus rapidement.

La dernière partie (qui était la premiere lors de la création à Avignon cette été) est un trio : deux danseurs et un carré de lumière. C’est une danse du vivant et non une danse de lutte contre la mort. Autant les femmes travaillent sur la durée, autant les hommes planchent sur la syncope. Le rythme effréné des jetés de tête, du lâché des corps résonne d’autant plus fort que la retenue des danseuses est encore dans notre bagage sensoriel.

Si le spectacle a été bougé, ce n’est pas dans sa chorégraphie, mais dans son ordre. Depuis la dernière date en juillet dernier à Avignon pour son Festival, les trois temps qui composent cette pièce ont vu leur ordre bouleversé pour des questions de rythmes inhérentes à la pièce. La pièce se termine sur un cercle de lumière matriciel dont les danseurs sont extraits très violemment. Le chaos a gagné, la soirée est finie.

Comme toute œuvre travaillant sur la simplicité du geste, celle-ci convoque une foultitude de symboles et de perspectives. Chaque spectateur peut donc y coller son propre vécu et proposer son interprétation du spectacle. Un « salon de l’écriture » est d’ailleurs organisé quelques jours plus tard, où l’on propose à chaque spectateur d’évoquer par l’écrit ce qu’il a vu et compris du spectacle.

Bruno Paternot

Prochaines dates en tournée :
30 novembre 2012 : Festival Moussem, Anvers (Belgique)
Mai 2013 : Centre Régional de la Méditerranée, Marseille

Photo @ Christophe Raynaud de Lage

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