MICHELE SYLVANDER : REPETITION

Sylvander-2-copie[1]

MICHELE SYLVANDER « Répétition » / Galerieofmarseille / Marseille  / Jusqu’au 19 janvier 2013.

Depuis sa grande expo au MAC de Marseille, Michèle Sylvander n’avait pas montré de «choses» comme l’on dit. Cinq pièces viennent combler ce creux dans un petit lieu rue du Chevalier Roze.

Trois vidéos créent un certain trouble : la mère de l’artiste n’est pas célébrée comme Sophie Calle en tant que diva (la grandiloquence de l’exposition « Monique » en Avignon et Paris a séduit nombre d’estivants). Sur un petit écran, une troisième vidéo de 52 secondes en plan serré, une chansonnette entonnée en occitan par une nonagénère laisse pantois. En face, un double écran où, assise à un coin de table, toute à ses songes, la vieille dame écoute « Only you » des Platters que son mari aimait lui passer. L’espace sensible est déplacé ; sur les lèvres, l’aimée reprend les paroles « seulement toi, uniquement toi ». Le doucereux advient pathétique et, dans ce frôlement, est palpable la tendresse grattée et regrettée. La charge émotionelle conditionne notre regard : nous ne pouvons plus rester dans le spasme de la moquerie ou du regret de la jeunesse perdue (de l’amour de nos parents l’un pour l’autre).

Autre petit joyau, un tout petit gamin de dix-huit mois torse nu joue avec un revolver en plastique. Le cadre de la caméra est strict et cet ange blond représente une menace symbolique édifiante. Evidemment que le flingue est un jouet, un hochet que l’on jette. Sérieux comme un pape, profondément non conscient de l’usage habituel du gadget meurtrier fourni par Sylvander (l’intentionnalité fait crisser les dents), il nous défie. Le film de guerre est aussi un enfantillage, un long métrage recyclé génération après génération. OK Coral dans un jardin provençal, le louvoiement de la lumière, l’impassibilité du bambin fait cette oeuvre un OVNI cruel de ravissement qui n’est pas sans rappeler le punch de Gary Hill.

Mais la pièce la plus stupéfiante reste une photo de la taille d’un Vermeer 30 x 40, un gros plan de la nuque de la mère aux cheveux fournis retenus par une natte. Face à la grisaille d’une forêt de bouleaux, l’absence totale de signes référentiels à un affect acté, le spectateur se voit affronté à un hommage plus que poignant à la perte. La disparition prochaine, la poussière du temps, l’inexorable décrépitude de chaque un, de chaque une. Celle qui va disparaître et qui ne dit rien ne ventile même plus une peur de la mort. Phénomène d’abrogation de l’effroi qui tisse autour de la stupeur de l’extinction un suaire d’abnégation. Faut le faire, faut le vivre.

Emmanuel Loi

MICHELE SYLVANDER / jusqu’au 19 janvier / GALERIEOFMARSEILLE / 8 rue du Chevalier Roze 13002 Marseille

accroche[1]

Phtographies copyright Michèle Sylvander

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