LA REUNIFICATION DES DEUX COREES : LE NOUVEAU POMMERAT AUX ATELIERS BERTHIER

2corees_carecchio_4_0[1]

La réunification des deux Corées / texte et mes Joël Pommerat / Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier / Jusqu’au 03 mars 2013.

Joël Pommerat revient à l’Odéon avec une nouvelle création au titre énigmatique : “La Réunification des deux Corées”, une pièce élaborée lors de deux ateliers de recherche à Bruxelles.

Dans cette pièce, pas de véritable unité narrative mais plutôt un collage de saynètes, une mosaïque de nouvelles qui met en évidence la banalité et l’absurde qui caractérisent l’amour et les relations humaines. Dans ce domaine, chacun d’entre nous semble bien s’acharner à la même tache, à la manière de Sisyphe, ce héros mythologique condamné à faire rouler éternellement une énorme pierre au sommet d’une montagne, d’où elle retombait sans cesse.

Le regard de Pommerat est très désenchanté sans pourtant perdre en poésie. Le spectateur, sans s’en apercevoir, passe du rire aux larmes pendant deux heures. La plupart des historiettes, certaines cruelles, d’autres trop tristes, finissent mal. Par exemple celle emblématique où un mari rend visite à sa femme, malade d’Alzheimer, internée à l’hopital, et qui chaque après-midi, tente de retisser les liens de leur amour : « Quand on s’est rencontrés, c’était parfait comme si la Corée du Nord et la Corée du Sud ouvraient leurs frontières et se réunifiaient et que les gens qui avaient été empêchés de se voir pendant des années se retrouvaient. C’était la fête, on sentait qu’on était reliés et que ça remontait à très loin… ».

Comme toujours Pommerat a su accéder à une certaine universalité des sentiments et à la cruauté innocente du réel. Avec cette pièce, il produit un théâtre accessible, où les dialogues ne sont certes pas toujours recherchés mais ne trahissent jamais une certaine veracité. Tout dans son théâtre est réaliste : rien n’est trop abstrait, les personnages sont des hommes de chair, toujours construits avec subtilité et épaisseur, sans jamais tomber dans la caricature. Quant à l’espace théâtral, il est organisé autour d’une sorte de scène-couloir vide, longuement étirée, que deux gradins de sièges se faisant face séparent, et où chaque spectateur contribue au décor de la pièce. La lumière, qui dessine sur le sol des ambiances différentes selon la scène, contribue à créer un univers poétique et intimiste.

A noter, la performance de Ruth Olaizola, comédienne qui a interprété magistralement Estelle dans Ma chambre froide, et qui est de nouveau extraordinaire de par sa prestance scénique et son accent irresistible.

Camilla Pizzichillo

VOIR : Joël Pommerat, entretien avec Christophe Triau : http://www.dailymotion.com/video/xw8nu0_joel-pommerat-entretien-avec-christophe-triau_creation#.URBEd8xPlJ8

2corees_carecchio_7_0[1]

Photos Elisabeth Carecchio

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

  • Mots-clefs

  • Archives