AFGHANISTAN : LA SECONDE MORT DE MASSOUD

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L’ENVERS DES CARTES : La chronique géopolitique de Salvatore Lombardo

AFGHANISTAN : LA SECONDE MORT DE MASSOUD

Dans son très impertinent et très désespéré « Déclin du Mensonge », Oscar Wilde affirme la suprématie du culte évanescent de la rose fanée. Ode décadente et surréelle aux derniers feux d’une société à bout de souffle et d’imaginaire.

Dans le texte-testament qu’il m’avait confié peu avant sa mort – sous les coups de sbires islamistes tunisiens d’Ennahada, le commandant Ahmad Shah Massoud imaginait un avenir sombre pour nos démocraties oublieuses de leurs devoirs et de leurs causes en accordant systématiquement les avantages de la démocratie aux pires ennemis de la …démocratie. Et niant ces mêmes avantages – ou prétendus tels, aux combattants de la Liberté. En Afghanistan justement.

Un peu plus de dix années après sa mort, le 9 septembre 2001, Massoud le juste repose dans un mausolée kitch, à l’infutur de son miraculeux Panshir. Et il n’en finit plus de mourir alors que l’Occident – l’Amérique impériale en tête, s’apprète à fuir ou à débarrasser le plancher suivant le vent primesautier de médias nationaux aussi aveugles que dramatiquement fats. Déclin avéré du mensonge érigé en argument géopolitique de manipulation des esprits et des cœurs.

Flash back. En réponse aux spectaculaires et radicaux attentats dits du 11 septembre 2001, l’Amérique, appuyée par ses alliés, décide d’attaquer en direct le régime taleb de Kaboul qu’elle avait pourtant si longtemps favorisé au détriment du gouvernement afghan légitime du Président Rabbani et de son vice-président et ministre de la défense, le commandant Massoud. L’attaque occidentale vengeresse consistant essentiellement en plusieurs vagues de bombardements aériens. La guerre sur le terrain étant généreusement abandonnée aux moudjahidines de feu Massoud commandés alors par ses premiers lieutenant, le général Fahim et le commandant Daoud. Les moudjahidines en question, et pas les soldats américains ou français, libérant seuls effectivement les cités mythiques de Taloqan, Mazar y Sharif, Kandahar et Kaboul. Libération effectuée, les moudjahidines de Massoud et le gouvernement Rabbani sont remerciés et priés de regagner leurs pittoresques fiefs régionaux et de laisser l’Amérique et ses alliés réinventer un Afghanistan des temps nouveaux. Avec comme premier acte démocratique majeur la désignation , et non pas l’élection, d’un nouveau président : le sympathique et néanmoins très trouble agent américain Hamid Karzaï.

En fait d’Afghanistan des temps nouveaux, voilà venir une ubuesque période karzienne où tous les amis de Massoud sont écartés ou achetés afin que la nouvelle équipe gouvernementale puisse gouverner en fonction des ordres et des milliards de dollars reçus de Washington et des autres capitales occidentales. Pour le peuple tout change effectivement. La paupérisation devient générale. L’insécurité s’installe partout. Tout l’appareil d’état s’effondre ou transparait dans d’étranges effets de manches des nouveaux maitres et de leurs valets. Les ONG internationales s’imposent avec arrogance et suffisance au détriment des petites ONG qui seules travaillent, sans moyens mais avec enthousiasme. Les élections, finalement organisées, sont soit boycottées soit honteusement et ouvertement trafiquées pour que Karzaï et ses amis se maintiennent au pouvoir. Avec une telle légitimité que les propres gardes du corps du Président fantoche sont des américains et surtout pas des Afghans. Et partout dans le pays on note effaré un retour en force des miliciens talibans et de leur chef, le ressuscité Mollah Omar.

Sursaut de toute une nation, pourtant plus divisée que jamais grâce au travail américano-occidental, la tentative des amis de Massoud à l’occasion des nouvelles élections présidentielles en 2010 Le très loyal docteur Abdullah Abdullah, ex-ministre des affaires étrangères de Massoud, appuyé par le Commandant Muhamad Daoud, ex bras droit militaire de Massoud, font équipe commune et sont crédités d’une large victoire par tous les observateurs et tous les sondages. Mais contre toute attente, le scrutin donne Karzaï vainqueur. Immense déception dans tout l’Afghanistan. Le peuple sent que la dernière chance de sursaut est passée. D’autant que Daoud, comme l’ex-président Rabbani, est assassiné dans des conditions mystérieuses, laissant les Moudjahidines de Massoud une nouvelle fois orphelins.

Les prochaines présidentielles afghanes auront lieu dans un an. Karzaï ne se représentera pas, ont annoncé ses patrons et donneurs d’ordre dont les forces militaires quitteront officiellement le pays quelques mois plus tard. A l’expiration du mandat de l’ONU. Que feront les amis de Massoud ? Quelques jours avant son assassinat, Muhamad Daoud m’avait téléphoné depuis Kaboul. Il me disait sa crainte devant l’effondrement du dispositif militaire occidental et l’avancée inexorable des talibans qui occupaient désormais 80% du territoire. Il me disait aussi son immense espoir et sa volonté de ne pas être le témoin impuissant de la seconde mort de Massoud. Selon lui il aurait suffit que les occidentaux restent chez eux et mettent seulement 10% des sommes dépensées en vain dans le soutien à ses moudjahidines et au peuple afghan. Et les talibans seraient encore au Pakistan. Il aurait suffit disait-il…

Salvatore Lombardo

Photo : L’Afghanistan aujourd’hui: du rêve de Massoud à l’échec dramatique de l’Amérique et de ses alliés… (Photo copyright S.L.)

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