CASANOVA, KIERKEGAARD… DIANA DOBREVA SUBLIME SES LIAISONS THEÂTRALES

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« Casanova, requiem for love »/mes Diana Dobreva/Théâtre de l’épée de bois/ du 19 mars au 7 avril 2013.

Giacomo Casanova, «Histoire de ma vie», Søren Kierkegaard, «Le journal du séducteur»… d’où provient leur liaison théâtrale ?

Ce qu’ils ont sans doute en commun, c’est une esthétique du désespoir éblouissante. Diana Dobreva réécrit les scènes d’un Casanova vivant lorsqu’il dépérit. Le premier tableau, la mort de Casanova dans son lit, agit visuellement et émotionnellement d’une manière extraordinaire. Ce tableau d’exposition dévoile la fièvre de Casanova. Sa voix bulgare grommelante, sa gestuelle spirituelle esquisse la force vitale de ses désirs, de son ivresse qui s’oppose à toute forme de fatalisme. Il revient à la vie après s’être enivré de vin. La reprise ayant eu lieu, il est un commencement absolu. Auteur de ce ces choix, il est là, tel l’avatar théâtral d’une rupture existentielle.

La mise en scène de Diana Dobreva œuvre à partir du coup qu’implique une telle rupture. A mesure que la représentation avance, le comportement de Casanova devient de plus en plus tourmenté. Sa folie, sa vitalité originelle se transforment en une humeur noire, emprisonnée à l’intérieur d’un maelström de tromperies. La force de son corps se consume dans le combat de l’âme. Toute la beauté des tableaux proposés jaillit au cours de cette lutte.

A cela, s’ajoute ces passages célèbres de la Cordélia de Kierkegaard, vêtue d’une robe incroyable, un couteau à la main : « Je ne t’appelle pas « mon » Johannes, car je sais bien que tu ne l’as jamais été ; j’ai été assez durement punie pour avoir laissé mon âme se délecter à cette idée ; et pourtant, je t’appelle mien ; mon séducteur, mon trompeur, mon ennemi, mon assassin, l’auteur de mon malheur, le tombeau de ma joie, l’abîme de mon infortune ». Si Casanova a beau s’apercevoir qu’il la rend malheureuse, il n’a en revanche conscience d’aucune faute. C’est cette absence totale de culpabilité qui le rend coupable et accentue le malheur de ses conquêtes. Tout simplement sublimée, cette dette va jusqu’à se transfigurer en comédie. Casanova enchantera même une nonne. Chaque tableau est une surenchère, car chaque minute s’envisage comme la dernière. Casanova apparaît comme un incroyable bouffon, enchaînant de manière enthousiaste les jeunes filles, mais ne cessant de mordre la chaîne qui l’attache.

Oscillant entre comédie et tragédie, les registres s’entrecroisent, se confondent ou se séparent dans un élan brillant de fluidité. Les acteurs se laissent ballotter joyeusement par des eaux profondes et troubles entre mensonge et vérité. L’incapacité de Casanova de transformer tous les malentendus qu’il produit en rapport réel crée quelque chose. Diana Dobreva, l’expose et le théâtralise somptueusement.

Quentin Margne

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Photos DR / Copyright Diana Dobreva

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