LE RETOUR D’ULYSSE DANS SA PATRIE, AU TGP DE SAINT-DENIS

operamonteverdi

Le retour d’Ulysse dans sa patrie / Opéra de Claudio Monteverdi / mise en scène Christophe Rauck / Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis / a été donné jusqu’au 6 avril 2013 / Prochainement à l’Opéra de Nice, les 1er et 2 juin 2013.

Le retour d’Ulysse dans sa patrie de Claudio Monteverdi fut l’une des premiers opéras à avoir été composés. C’était en 1640, puis deux ans après apparaitra le Couronnement de Poppée, déjà admirablement mis en scène par Christophe Rauck en 2010 au Théâtre Gérard Philipe. Ce n’est donc pas la première fois que Christophe Rauck, metteur en scène de Le retour d’Ulysse dans sa patrie, et directeur du théâtre Gérard Philipe, s’engage à donner voix aux premiers opéras de l’histoire.

Il est vrai que la qualité de la programmation du théâtre Gérard Philipe nous réjouit années après années. Toutefois, avec l’opéra, il s’agit d’un choix remarquable puisque cette forme théâtrale, toujours tellement élitiste, devient  enfin accessible au tout public : elle ne s’adresse plus seulement à certains. Dans un contexte décontracté, loin du pompeux, nous avons des prix accessibles et une programmation qui invite tout le public à s’intéresser à l’opéra. Voici alors un vrai exemple  de démocratisation culturelle, qui avec cohérence, se retrouve en général dans toute la politique artistique mise en place par Rauck depuis qu’il est directeur du théâtre. Puis le choix de l’opéra dans cette volonté à aussi son sens : la musique a la capacité de fédérer le public, de parler au plus large nombre des personnes. Ce choix n’est donc pas anodin.

Quand un personnage chante, ses émotions sont décuplées … le chant nous fait sortir du réalisme, souligne les émotions, les rend poétiques, écrit Christophe Rauck. Le public est complice de cette beauté, il se fait emporter par la musique et la tragédie, racontée par les personnages, assume un caractère universel. Toutefois jouer une musique composée depuis  presque quatre cents ans, comme c’est le cas du retour d’Ulysse dans sa patrie, comporte des risques appréciables.

Christophe Rauck y parvient merveilleusement : cette mise en scène si réussie rend l’opéra accessible et sublime en même temps. Une véritable poésie :
celle de l’histoire racontée en musique bien sûr, et celle de la mise en scène. Rauck a su véhiculer la grande actualité des contenus de l’histoire, qui aborde des thématiques  humaines universelles telles que la fidélité, la solitude, l’errance, la liberté, la tentation, l’attente… Toute cette complexité humaine racontée dans une seule journée: le jour où  Ulysse retourne à Ithaque.

Les décors sont tout simplement sublimes. La robe de Penelope, qui dans le poème  Homérique est tissée le jour et défaite la nuit, se transforme sur scène en une exposition des sculptures- bougies en cire. La transition entre la représentation de la robe du jour et celle de la nuit se fait à travers ces énormes cierges allumés qui rappellent l’œuvre poétique du sculpteur Urs Fichers. Mais ces bougies nous renvoient aussi aux statues de la Madone dans les églises catholiques, symbolisant ainsi le sacrifice chrétien et en parallèle de la douleur de Penelope.

Nous sommes encore plus épatés devant la mise en scène du massacre des prétendants. Projeté dans un tableau qui rappelle à la fois Caravage et Soutine, devant nous le plateau théâtrale se remplit de tissues aux différentes totalités de rouges. Voici alors que le corps des vivants laisse la place aux tissues symbolisant des vêtements humaines vidés de leur  contenu : c’est la mort en poésie. Rien ne reste, Ulysse est retourné et sa vengeance se matérialise avec autant de fureur. Nous n’avons pas besoin d’assister concrètement au massacre, la scène qui se présente devant nous est tellement évocatrice que nous sommes  troublés. L’évocation de quelque chose parfois peut avoir plus de force que le fait montré tel qu’il est.

Une attention particulière est accordée à l’éclairage. Une lumière Caravagesque investit la scène créant une parfaite harmonie avec la musique baroque tout en la mettant en valeur. Ce choix nous invite aussi à voyager dans le temps, stimulant le pathos et dégageant la passion et la sensualité, il nous ramène au théâtre grecque des origines.

Puis dans cette belle mise en scène du Retour d’Ulysse dans sa patrie ne manquent guère de véritables moments hilarants rendus possibles, dans ce drame humaine, par la parfaite  alliance du tragique et du comique. Le public sort de la salle enrichi et satisfait : voici un vrai  exemple de théâtre de qualité.

Cristina Catalano

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