REVOLUTIONS ARABES : LE CREPUSCULE DES IDEAUX !

salvatore

L’ENVERS DES CARTES : La chronique géopolitique de Salvatore Lombardo

Lorsqu’au début de l’année 2011 une déflagration politique réellement inimaginable vient exploser médiatiquement et populairement les vieux concepts géopolitiques arabes nés de la décolonisation, il devient subitement impossible de penser autrement que révolution. Une révolution étrange, partie de Tunis pour gagner le Caire et Tripoli sans recours possible pour des dirigeants immédiatement mis à l’index par ceux-là même qui les soutenaient depuis des lustres : les Occidentaux.

Une semaine auparavant j’étais encore à Mahdia en Tunisie pour un colloque culturel euroméditerranéen  dédié au dialogue des civilisations. Et en dépit d’une émotion plus médiatique et politicienne que populaire – née de la récupération du suicide d’un petit marchand des quatre saisons, aucune agitation particulière ne venait annoncer la tempête qui provoquerait la chute de Ben Ali, Moubarak et Kadhafi et l’arrivée au pouvoir des islamistes radicaux.

Brandi comme un étendard, le slogan détourné de Révolution de jasmin, en écho manichéen à mon livre Un Printemps tunisien dans lequel je considérai le Changement du 7 novembre 1987 comme une Révolution de Jasmin, me laissa un temps en plein désarroi. Avec comme seule référence historique le vrai Printemps arabe de 1958 lancé par Gamal Abdel Nasser et Choukri Kouatly sous la forme de la fusion entre Egypte et Syrie.

Remarquablement décrit par Benoist-Méchin, ce vrai Printemps arabe passera très vite du socialisme au néant puisque né du choc de deux conceptions du monde, de deux illusions politiques, de deux manipulations des masses arabes par deux empires arrogants et déjà obsolètes : l’Union Soviétique et les Etats Unis d’Amérique.

De 1958 à 2011, le grand écart idéologique va très vite m’apparaître comme la suite logique et délictueuse d’un vaste plan de reconquête de l’espace arabo-musulman par un Empire américain désormais seul en charge des affaires du Monde. Plan métaphysique et drastique dont j’avais entendu parler quelques dix années auparavant lors d’un banal déjeuner dans une ambassade américaine. Juste après l’assassinat du commandant Massoud, le héros afghan.

« Tous ces artistes provisoirement historiques ne reconnaissent pas leur maitre, au mieux le méconnaisse ou pire ne le connaissent pas. »

Pour le poète Julien Blaine il n’est point nécessaire d’user de la métaphore pour démontrer et démonter l’insigne et périlleuse volonté de nier l’histoire des peuples, de leurs singularités, de leurs idéaux. Un avis littéraire et donc essentiel partagé par un autre poète, le mystérieux Bob Dylan, qui évoque dès les années soixante « The other side of the mirror » en réponse dramatique aux naïvetés politiques de sa chère Joan Baez.

Dans un récent article publié par le site Tunisie Secret, le journaliste Karim Zmerli met en exergue l’action irresponsable des services secrets américains qui utilisent tous les moyens possibles, des cyber-collabos tunisiens aux miliciens islamistes les plus fanatiques, pour parvenir à mettre le feu à la Tunisie, à l’Egypte, à la Libye, au Yémen et aujourd’hui à la Syrie et bientôt peut-être à l’Algérie. Avec pour conséquence la récupération puis la mort des idéaux de démocratie et de liberté par l’avènement généralisé de régimes islamistes absurdes et obscurs. Bénéficiant de la complicité inexcusable de l’Europe, et en premier lieu de la France et de ses médias, l’administration américaine poursuit sans état d’âme son plan de refonte des nations arabes. Facebook et Twiter en guise d’outils, Al-Qaïda et le Qatar comme bras armés, elle lobotomise les peuples et tyrannise les intellectuels. Inimaginable de la part de gens qui ignorent que la miraculeuse mosquée des Ommeyades n’abrite pas seulement le tombeau de Saladin mais aussi celui de Saint-Jean-Baptiste. Et que le petit grand Liban, redevenu Libre avec Michel Aoun, pourrait être la métaphore glorieuse d’une nouvelle Méditerranée.

Salvatore Lombardo

Photo : Depuis Beyrouth et sa place des martyrs, une métaphore méditerranéenne. (Photo S. Lombardo)

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