EMANUEL GAT, « CORNER ETUDES », AU FESTIVAL MONTPELLER DANSE

Festival_Montpellier_Danse[1]

FESTIVAL MONTPELLIER DANSE 2013 : Emanuel Gat, Corner Etudes / Création pour Montpellier Danse 2013.

Pour ces « Corner etudes », les spectateurs sont invités à s’asseoir en carré sur la scène du gigantesque Opéra Berlioz, salle immense à l’intérieur du non moins gigantesque Corum, palais des congrès de Montpellier.

La pénombre règne et peu à peu, un espace lumineux se crée comme un livre s’ouvre, au centre du carré de spectateurs. Comme une série d’atomes, les danseurs s’attirent et se rejettent, se collent et s’expulsent dans une chorégraphie très intime et personnelle puisque les interprètes ont collaboré à l’écriture du spectacle. La danse est à la fois très contemporaine, avec des réminiscences de jazz et de classique. Ce mélange des mouvements, certes un peu fourre-tout, donne un caractère profondément spécifique à la danse d’Emanuel Gat, un mouvement international, universel (et donc très accessible) mais de ce fait unique : une écriture de la liberté. A la fois toutes les danses (et donc le danger, un jour de manque d’imagination de n’en être aucune), tous les corps et les nationalités mais aussi toutes les disciplines (aux frontières de la danse, du théâtre, de la poésie sonore) sont convoquées ici.

Le spectateur, confronté à une multitude de mouvements smultanés a deux solutions : avancer au plus près des danseurs et isoler une voix, un corps, une traversée, ou bien s’éloigner au plus loin du plateau afin de prendre du recul et observer l’articulation des ensembles. Le tout, embelli par des lumières diaphanes et contenues, co-signées par le chorégraphe. Hormis le noir final à la fin de la chorégraphie, les jeux de lumières s’enchaînent et se confondent avec, à l’instar des danseurs, grâce et finesse. Il est un peu dommage que les quatre pièces ne soient unies par des liaisons, ces noirs coupant inutilement le flux énergétique qui traverse l’espace pendant le jeu.

Des pièces, dans lesquelles les danseurs s’expriment avec les mots également (énormément pour Quartet dont la matrice est un texte de T.S. Eliot) mais dans un dialogue direct de l’un à l’autre. Le texte est projeté, proféré à voix nue ou avec micro pour devenir une matière sonore à l’image des corps. On parle, mais on ne se parle pas. Toute l’oeuvre oppose sans cesse incommunicabilité (corporelle, vocale, sensorielle) et volonté de rencontre, de réunion, de discussion. Là où le chorégraphe est très fort, c’est qu’il ne plonge jamais cette opposition dans la facilité du combat, de la guerre, de la rudesse. Toute la pièce Corner Etudes est comme un grand éclat de tendresse, sans autre message politique. Le travail de Gat se réalise vraiment dans l’agencement des corps dans l’espace, beaucoup plus que dans le message qu’il pourrait délivrer. On retrouve dans Duet des images faisant penser à un musée de statuaires, dont les bronzes et les plâtres seraient vivants, ô combien vivants.

Le public, à la fois spectateur et participant, inscrit son corps dans l’espace diégétique (l’espace de la fiction). En effet, les danseurs sont parfois à la limite de la collision avec le public. De la collusion ? Ce derner se stue à la frontière entre diégèse et réalité, en bordure du monde réel et du monde chorégraphié. En plaçant le publc en carré, le chorégraphe crée un ring dont les coups sont des mots, un duel de tchatche qui joue très efficacement entre le texte dit en direct et le texte réel. On perd un peu plus les structures du réel (qui parle vraiment?) pour plonger dans la fiction, et devenir à notre tour un élément de la fable. Pour la dernière partie de ces quatre pièces en une, un panneau se lève et nous voilà incité discrètement à venir nous asseoir sur des gradins de fortune. Chacun vient nous présenter son geste chorégraphique, son mot, sa chanson. Et le public devient le juge de se grand ensemble. On pourrait placer des spectateurs extérieurs dans la salle, nous ferions partie du décor, de l’équipe, des corps dansants de Corner Etudes.

« Finalement ce n’est pas si grand » dit une spectatrice en regardant le plateau avant de s’en aller. L’espace, peut-être pas tant que ça, ce que fait Emanuel Gat, si.

Bruno Paternot

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