MARIANNE VITALE : « BRIGHT DARK FUTURE », AU CONFORT MODERNE, POITIERS

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Marianne Vitale, Bright Dark Future / exposition du 14 mars au 18 août 2013 / Le confort moderne – 185 rue du Faubourg du Pont-Neuf – 86000 Poitiers

Bright Dark Future de Marianne Vitale (née en 1973, vit à New York), une exposition monumentale, puissante et ravagée que présente le Confort Moderne à Poitiers jusqu’au 18 août. Peu importe quel futur on peut lire dans cette projection cosmique usée, c’est d’abord et avant tout un présent terriblement incarnant que l’on y vit.

L’exposition est constituée d’un ensemble de sculptures produites à partir de bois de récupération âgé d’un bon centenaire et provenant d’une fabrique new-yorkaise désaffectée. Massives, les poutres et planches aux angles aigus, parfois brûlées et dotées de vieux clous rouillés, sont assemblées dans des constructions aussi imposantes qu’apparemment instables. Un regard attentif permet seulement de maintenir le mystère du système de fixation… Parfois simplement posés au sol ou ingénieusement fixées (on l’espère), l’artiste organise les sculptures en une évocation de notre système solaire, chacune représentant une planète, plus le soleil. Ici nulle lumière irradiante, lévitation ou rotation.

L’ensemble, statique et irrémédiablement soumis à la gravité, dépeint un futur marqué par le poids du vécu. Il n’y a pas que les matériaux utilisés qui témoignent de l’usure. Des formes reconnaissables parlent de destruction : stèle funéraire, cabane en ruine, bunker et pont détruit. Ces éléments architecturaux appartiennent au répertoire de formes de Marianne Vitale, notamment celui du pont calciné (en référence à la tactique de combat) déjà développé en sculpture monumentale.

Plus qu’un système solaire, c’est davantage l’idée de cosmos qui semblerait correspondre à l’ensemble. Délicat équilibre d’harmonie et de justice entre la terre, les cieux et les hommes, le cosmos au sens antique ne supporte pas le dérèglement. Peut-être qu’ici, révolution industrielle et conflits l’auraient quelque peu contrarié. Ne dérapons pas plus en avant dans des lectures cosmogoniques mais ceci étant dit, cette exposition développe un « après ». Il y résonne des relents du « post-exotisme » de l’écrivain Antoine Volodine (ou Lutz Bassmann ou Manuela Draeger ou … et peu importe son vrai nom).

Quand aucun courant ne peut décrire une pratique, autant le créer et conserver la légèreté de pouvoir en dire qu’il s’agit d’un « objet poétique marginal et rien d’autre ». Les romans de cet auteur nous projettent violemment dans des univers « post-quelque chose », un événement (révolution ratée, guerre) ou simplement une dérive lente (utopie dégénérée), qui laisse le monde et les corps usés, témoins d’échecs et ouverts aux mutations. Pas encore mutante, Marianne Vitale – dont le nom sonne aussi comme un pseudonyme – développe toutefois une esthétique de la catastrophe dont les influences prégnantes ont digéré tout goût pour l’exotisme.

Il serait cependant malheureux de circonscrire son travail à un seul constat d’échec désabusé. Vitale est post. Un post- qui, s’il se réclame d’aïeux ou d’utopies parfois fatigués, surgit aussi tel le héraut d’une descendance virulente. La métaphore avec le monde de l’art est également plus que tentante… une sculpture féminine qui s’impose sur les vestiges d’avant-gardes masculines ? Mais faisons fi. Marianne, elle brandit et ça te prend. C’est déjà très bien.

Hélène Dantic

crédit photo : Pierre Antoine

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