SCHWANENGESANG D744 : LE THEÂTRE A NU DE ROMEO CASTELLUCCI

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FESTIVAL D’AVIGNON 2013 : SCHWANENGESANG D744 / ROMEO CASTELLUCCI / VALERIE DREVILLE / le 25 juillet 2013 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon.

Qu’est-ce que vous regardez ? « Qu’est-ce que vous regardez ? » hurle Valérie Dréville sur le plateau nu de l’Opéra-Théâtre. Et effectivement, que regardez-vous ? Le Théâtre ? Et bien, le théâtre est là, plus que jamais là, dans sa définitive radicalité. En un face à face rugueux avec le public, impressionnant de lucidité, Romeo Castellucci renvoie le miroir de l’existence de Dieu, une fois encore, mais cette fois c’est du dieu-théâtre qu’il s’agit, dans sa terrible nudité.

Et à commencer ainsi, par la suite enchaînée des lieder de Schubert, Castellucci pose l’énigme : sa cantatrice, impressionnante de virtuosité, est là pour en magnifier toute la substance romantique, incommensurablement diaphane dans sa petite robe incolore, qui se fond dans l’immensité du plateau.

Et tout de suite nous revient cet incroyable prologue des « Four seasons », vue l’an passé en ce même Festival, tout en atmosphère, bucolique et aérien. Et après que la chanteuse eut décliné implacablement figée sa subtile suite de poèmes romantiques -à l’instar des poèmes de Hölderlin qui dans « The Four seasons restaurant » constituaient la matière textuelle de la première partie-, dans cette atmosphère étrange, surranée, bercée par la musique diaphane et mélancolique de Shubert, voici qu’arrivera la comédienne, formidablement présente et terriblement fragile.

Et nous reviennent alors le dress-code des comédiennes du « Four Seasons », comme le code couleur d’ailleurs, à l’identique. Jusqu’à la gestuelle -la chorégraphie- qu’entame suspendue la formidable Valérie Dréville, qui en allemand toujours, prolonge l’effet de sidération doucement léthargique des poèmes des lieder…

Jusqu’aux coups de foudre surpuissants qui fracturent le noir du théâtre, à l’identique également de ceux qui hâchent le noir assourdissant des « Four Seasons »… Mais ne croyons pas qu’il faille là avoir vu l’un pour entendre -comprendre- l’autre. Castellucci est bien trop malin, trop subtil, pour user d’un tel artifice de bas-étage.

Sa courte pièce est une oeuvre en soi. Elle fonctionne à merveille, car elle est d’une crudité et d’une radicalité sans égal. Son propos est limpide : tout comme dans ses derniers opus, il interrogeait le concept de la disparition de l’image, ici encore, il met à nu l’image du théâtre même, ce théâtre surpuissant dont on attend tout, trop. Après tout, le théâtre est nu, et ce n’est que du théâtre. Soit un artifice, un art certes, mais un artifice tout de même, ultime.

« Je ne suis qu’une actrice », se lamente Valérie Dréville, après avoir pris à partie ce public du théâtre qui attend tant de lui. Pris à partie étant d’ailleurs un mot faible, invectivé, insulté, devrions-nous dire plutôt, Dréville hurlant son désespoir d’actrice devant l’indécence voyeuriste du public de ce théâtre-là ; un théâtre fantasmé plus qu’adoré, un miroir aux alouettes que l’on sublime dangereusement, car comme la vie qu’il réfléchit, il n’est qu’imperfection et impuissance.

Et en effet, Valérie Dréville n’est qu’une actrice, mais quelle exceptionnelle actrice ! Quelle puissance, quelle présence ! Et le théâtre de Castellucci, qu’elle sert si bien, une lumière d’intelligence et de force dans le noir saturé d’ombres grises du théâtre.

Marc Roudier

 

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Visuels copyright Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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