MATERIAU_X #3 : MARI-MAI CORBEL ET NICOLAS GUIMBARD, HORS-LITS, MARSEILLE

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Mari-Mai CORBEL et Nicolas GUIMBARD, MATERIAU_X #3, Hors-Lits, 6 et 7 novembre 2013 à Marseille.

MATERIAU_X n’est pas un spectacle, c’est une recherche. Un serpent de mer qui prend sa racine dans le mal des deux auteurs et comédiens de ce projet pour circuler au gré de leurs envies de dire. Nous avions pu voir la première partie de cette recherche en février 2013 à Vanves au festival ARTDANTHE ( voir critique Inferno  ici ) puis la deuxième au Point éphémère à Paris, à l’occasion du temps fort danse « Petites formes (D)cousues », en juin.

Cette fois-ci, ils ont été invités par Hors-Lits Marseille pour jouer dans un appartement du quartier des Chartreux. Ce MATERIAU_X #3 relatifs aux cris lubriques du koala perdu en Alaska est donc une forme courte pour espace contraint. Nous pénétrons chez des gens inconnus et sommes dirigés dans leur salon d’où l’on voit, derrière une vitre, les deux performeurs qui se tiennent face à nous, dans une petite cour privative. Comme dans les précédentes versions de MATERIAU_X, des néons blancs diffusent une lumière crue qui sculpte l’espace et les corps pour en faire jaillir une atmosphère d’irréalité tout à fait saisissante.

Entre cette scénographie de la distance – puisqu’ils sont toux deux séparés de nous par une vitre et que nous ne les entendons que par l’intermédiaire d’un système de retransmission sonore – et l’intimité de ce qu’ils nous disent, se creuse une distanciation dramatique tout à fait essentielle à leur travail. Car ce sont leurs fêlures personnelles et leurs déchirements intimes qu’ils nous racontent, tantôt avec humour, tantôt avec un sens aigu du tragique. Ces deux récits qui se présentent à nous de façon parallèle ne sont pas anodins. Il s’agit de leur propre échec à aborder de façon sereine certaines épreuves de la vie, amoureuses ou autres.

A cet exercice d’autofiction répond donc une mise en abîme qui, loin de nous le rendre pénible ou larmoyant, nous renvoie à ces drames que nous vivons tous et que nous enfouissons dans nos mémoires pour ne les faire jamais ressortir. Leur diction quasi-atonale les sépare d’eux-mêmes, nous rendant leur discours plus proche et plus présent. Cependant, à sortir de cet appartement, après cette performance forte en émotions, on se défait vite de ces dernières pour nous replonger dans notre bain quotidien.

Cette performance pose en effet la question de la validité de ce que nous pouvons dire de nos expériences personnelles et de ce qui peut être entendu par autrui. Dégoulinante de sentiments, la parole intime aurait été nauséabonde. Savamment distanciée par l’art du théâtre, cette parole nous arrive comme du lointain pour se glisser sur nos peaux. Que retient-on, qu’apprend t-on de ces histoires particulières et paradoxalement si universelles parce qu’elles abordent un volet de notre humanité du XXIème siècle ?

Le caractère furtif de cette performance courte nous renvoie donc à l’impermanence des sentiments d’empathie que l’on peut ressentir face au discours d’un inconnu. Ces sentiments éphémères, fragiles et délicats, Nicolas Guimbard et Mari-Mai Corbel les traquent dans un périple étroit entre la particularité et l’universalité de leur expérience. Entre dire et entendre, ils ont trouvé le ton juste.

Quentin GUISGAND

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