« FACE AU MUR » : UNE SITUATION DE DOUCE INTRANQUILLITE

Face au mur--®Bellamy

« Face au mur » de Martin Crimp / Hubert Colas, Cie Diphtong.

Face au mur est un triptyque composé de trois courtes pièces écrites par le dramaturge britannique Martin Crimp et qu’Hubert Colas a monté pour la première fois en 2006. Face au mur, Tout va mieux et Ciel bleu ciel sont les noms évocateurs de ces trois petits dialogues qui retracent, sur une scène bleutée et encombrée de ballons blancs, des fantasmagories contemporaines.

A chaque fois, la même règle du jeu : trois ou quatre acteurs et un lieu neutre. Un meneur de jeu doit inventer une histoire, aidé par des comparses qui lui posent des questions pour faire avancer son récit, ou lui apportent des réponses là où il se trouvait bloqué. Chaque histoire transpire la dérision et l’angoisse face aux drames quotidiens et pourtant horribles de nos sociétés. On sent une écriture cursive, urgente, comme s’il était important que tout soit dit le plus rapidement possible. Elle se répète et produit des images fortes bien que volatiles.

Pourtant, là où l’on aurait attendu un flot de parole, Hubert Colas met de l’espace, du silence, du doute. Ce parti pris accentue le sentiment d’étrangeté qui affleure peu-à-peu de ces fables. Il étire le temps et, comme à son habitude, donne au travail lumière et vidéo une place prépondérante dans sa mise en scène. Les acteurs s’embellissent au fur et à mesure que la pièce avance et rendent à ce texte sa nature profonde et légère, paradoxale. Et si parfois on rit de ce que les acteurs nous disent, on ne peut s’empêcher d’y percevoir une gêne subreptice.

La force de ce rire est bien évidemment de souligner, avec cisaille et couteau, certains de nos égarements courants. L’amour dénaturé lorsqu’il est forcé par les conventions sociales, la violence meurtrière d’un enfant, notre besoin urgent d’aller toujours mieux, ou encore notre propension à nous retrouver entre gens « comme il faut ». Tels sont les travers et les faux-semblants que cette pièce démonte car elle en montre les mécanismes absurdes.

L’horreur de ces situations, parce qu’elles sont dites avec la légèreté de celui qui joue et pour qui rien de cela n’existe vraiment, ne nous arrive jamais en pleine figure. Nous ne sortons point révoltés ou même scandalisés par ce que nous venons de voir. Cette violence nous parvient plutôt comme un poison qui se distille lentement dans les veines de la victime. Sa force se situe dans le registre de l’insinuation et de l’évocation anodine.

En définitive, cette pièce nous place dans une situation de douce intranquillité, comme si, au-delà du jeu et de la scène, nous étions tous responsables les uns des autres.

« Face au mur » a été joué à la Friche Belle de Mai à Marseille le 16 et 17 janvier 2014 et sera présenté les 23, 24 et 25 janvier prochains à l’Usine C à Montréal (Canada).

Quentin Guisgand

http://www.diphtong.com

Face au mur--®Nicolas Marie

Photos Nicolas Marie, Aebel lamy /Copyright Cie diphtong

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