PIERRE JOSEPH & JEF GEYS CHEZ AIR DE PARIS

@vachegeys

PIERRE JOSEPH – JEF GEYS / AIR DE PARIS / Du 24 janvier au 8 mars 2014 / From January 24, 2014 to March 8, 2014 / Vernissage le 24 janvier 2014 de 18h à 21h / Opening on January 24, 2014 from 6pm to 9pm.

Ce n’est pas le moindre des tours de force de Pierre Joseph que d’indexer ses œuvres à un maintenant toujours renouvelé. Loin de juste retrouver le sens que Walter Benjamin attribuait à l’image dialectique, dont la « lisibilité » est fonction de sa rencontre avec un « présent »(1), l’artiste en subvertit les termes : c’est le maintenant, dans ses modalités contextuelles, technologiques et culturelles, qui détermine les modalités de l’œuvre (2). Si Pierre Joseph participa avec d’autres artistes des années 90 à une redéfinition de la pratique et de la pensée de l’œuvre d’art (3), il en poursuit toujours l’entreprise.

Ainsi, l’œuvre maîtresse de l’exposition, Endless Photographs, consiste en une série de clichés pris dans la forêt normande dont il est voisin, sans prêter attention au cadrage, avec un appareil photo dernier cri, sans aucun réglage, et dont le tirage et la production ont été également réalisés par les moyens actuels de production (développement et encadrement via un site internet). Il révèle ainsi un maintenant dépourvu de l’atmosphère romantique de toute forêt, et particulièrement de celle-ci, et précisément fantastique, telle que Barbey d’Aurevilly avait pu lui conférer, puisqu’il en avait fait le cadre de son roman L’Ensorcelée (1854).
Réalisant de nouveaux « Personnages à réactiver » (4), près de 10 ans après, l’artiste semble porter à son œuvre même ce geste de redéfinition temporelle : si il faisait alors référence aux jeux vidéo, leur sens est actualisé en fonction des questions actuelles de réalité 2.0, ou encore par les questions à nouveau contemporaines du tableau vivant ou du re-enactment qu’il re-contextualise aussitôt qu’il les convoque.

Pierre Joseph semble alors inviter à penser une telle plasticité du sens qu’il laisse poindre le doute de sa possible absence, de même que l’œuvre invite à penser la profondeur de dispositifs quotidiens que lui seul a saisi. De ce dernier point de vue, sa recherche vise moins à découvrir quoi que ce soit qu’à court-circuiter toute idée de virtuosité pour approcher ce degré inatteignable. Mon Nom est personne, ultime œuvre de l’exposition, n’en a que plus de résonnance.

1. « Chaque présent est déterminé par les images qui sont synchrones avec lui; chaque Maintenant est le Maintenant d’une connaissabilité déterminée », Walter Benjamin, Paris, Capitale du XIXème siècle Le Livre des Passages, Editions du Cerf, 2006, p. 479.
2. Ainsi le titre du catalogue raisonné de ses œuvres, publié en 2011 aux Presses du Réel Oui Non Peut-être reprend les possibles réponses aux invitations à des événements Facebook.
3. Elles seront à ce titre présentées dans l’exposition de Stéphanie Moisdon et Dominique Gonzalez-Foerster au Centre Pompidou Metz consacrée à l’art des années 90.
4. Un personnage à réactiver peut être effectivement réactivé par un acteur déguisé comme le personnage représenté sur la photographie, mais les deux ne doivent pas être présentés simultanément

L’œuvre de Jef Geys entamée en 1947 à l’âge de 13 ans ne cesse de se dérober, de se camoufler et de prendre à revers les catégories de l’art contemporain.

Profondément arrimée dans la dimension autobiographique, en marge de toute contemplation esthétique, son œuvre opère dans une dynamique constante un croisement entre culture populaire et singularisation du banal. Privilégiant le « monde comme support » et aspirant à une synthèse entre l’art et la vie, Jef Geys s’inscrit (sans le revendiquer) dans la continuité de Fluxus.

Depuis 1958, il procède à un inventaire méticuleux de toutes ses œuvres qu’il ordonne en sujet, genre, année et nombre. De cet archivage, Jef Geys extrait les thématiques de ses nouvelles expositions qui ne sont qu’une manière d’arraisonner, de réactiver des évènements autobiographiques et des œuvres anciennes dans un contexte nouveau qui en redynamise le sens.

Chez Air de Paris il présentera deux projets mêlant étroitement le document officiel et l’histoire intime. : « les passeports de vaches » développés dans les années 1965-66, quand Jef Geys, qui accompagnait son beau-père marchand de bestiaux, dessinait et enregistrait les caractéristiques physiques des vaches, leur conférant ainsi une identité.

Pour Air de Paris une nouvelle installation comprenant 21 nouveaux passeports de vaches a été réalisée. « ! questions de femmes ! » est une série développée au début des années 60 alors que Jef Geys était professeur d’esthétique dans l’école de Balen (lieu de sa résidence en Flandres-Belgique). Procédant à un inventaire des questions qui pourraient relever d’interrogations de femmes sur leur identité, Jef Geys les soumettait pour débat aux élèves de sa classe. Transposées dans les années 80 dans le champ de l’art contemporain, ces « !questions de femmes!» sont aujourd’hui traduites en 13 langues ; la version hindi sera présentée dans la vitrine sur rue de la galerie.

L’exposition sera accompagnée de la publication d’un journal KEMPENS Informatieblad, édition spéciale Air de Paris.

Refusant la sacralisation des œuvres d’art dans les catalogues d’exposition, Jef Geys édite le journal KEMPENS Informatieblad depuis 1971 (KEMPENS est la traduction de Campine, région des Flandres où il vit) dont les éditions successives accompagnent ses travaux .

Ces journaux constituent de véritables « carnets de bord » qui entremêlent sans hiérarchisation les éléments nécessaires à la compréhension de son environnement, ses interrogations, ses curiosités et ses œuvres.

@foretjoseph

Visuels : 1- Jef Geys / 2- Pierre joseph / copyright les artistes / Air de Paris.

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